Il faut rappeler qu’ils ont été dix-sept dirigeants d’entreprises françaises à séjourner au Liban dans le cadre d’une mission organisée à leur initiative par le CPA; leur but: entamer un véritable dialogue entre les patrons libanais et ces décideurs de la Côted’Azur. Cette région française, qui laissait sceptique il y a encore vingt ans lorsqu’on évoquait son activité, ou plutôt son manque d’essor économique, a connu une phase de restructuration rapide, à l’instar du Liban. Là aussi, des hommes ont pris l’initiative d’un développement au niveau du secteur privé, mais la coopération avec le secteur public a été totale. «Sans dialogue avec tous les étages de l’administration, rien n’aurait peut être été possible!», nous confie l’un d’eux. Mais au départ de Sophia-Antipolis (centre de hautes technologies près de Nice), qui représente aujourd’hui quelque 2.400 hectares d’industries respectueuses de l’environnement, se trouvent une attitude cohérente, un plan insufflé par des professionnels au service de leur région, de leur pays. Leur réalisation: une région méridionale digne des régions les plus dynamiques d’Europe avec un tourisme d’affaires ultradéveloppé et un trafic aérien ouvert sur la Méditerranée qui représente (à Nice) une capacité aussi large que le prochain aéroport de Beyrouth... tant attendu. Lors de cette expérience, le secteur privé a largement participé au développement de cette région de France pour laquelle les Libanais se sentent beaucoup d’attaches. C’est le soutien du gouvernement français et de toutes les administrations qui a permis de bâtir sur des bases solides et claires, en fonction d’un plan établi en commun et selon une volonté politique définie pour l’intérêt général.
Leur impression du Liban: «Un immense coup de chapeau à tous ces petits entrepreneurs contraints d’effectuer plusieurs métiers à la fois pour survivre dans un bric à brac d’industries et au milieu d’un immense chantier où tout est commencé et où rien ne semble aboutir vraiment! Comment finaliser une telle reconstruction alors que l’activité même, sur les chantiers, semble très hésitante, presque au ralenti, voire incohérente?».
Impressionnant, pour le quidam, le centre-ville en reconstruction semble, pour certains experts, être de plus en plus baigné dans un flou sans autre explication que le manque de cohérence.
Le décalage culturel
Le CPA (Centre de perfectionnement aux affaires) a pour objectif d’accompagner les entreprises, en entraînant leurs dirigeants au dialogue avec d’autres dirigeants. «Le bagage éducatif est insuffisant, la compétence ne suffit pas, c’est l’efficacité qui seule a son mot à dire dans l’économie mondiale actuelle». Le CPA propose donc une méthode, une formule MBA, après le troisième cycle d’études universitaires. A l’instar de Harvard, seules l’étude de cas et la confrontation des solutions ont cours, contrairement aux pédagogies classiques qui restent très académiques.
Le CPA, c’est aussi une formation qui ne laisse rien au hasard. elle implique pour le participant une réelle remise en cause, donc à la base de la démarche, une forte volonté d’aboutir. Le participant et l’entreprise doivent y trouver un bénéfice; la notion de solidarité est essentielle, même dans le monde des affaires! L’individualisme n’est plus de mise; pour les entreprises de demain, pas de pérennité sans réciprocité et pour les pays de demain peut-être n’y a-t-il pas d’avenir sans concertation? Interrogé par «L’Orient-Le Jour», sur une implantation du CPA au Liban, son directeur M. Adrien Corbière-Medecin s’étonne: «Bien que cela semble opportun pour les liens entre nos deux pays et entre les régions de la Méditerranée, l’implantation d’un centre à l’instar du CPA paraît difficile actuellement. En effet, s’il nous est apparu que les Libanais en général et les dirigeants d’entreprises en particulier ont un très haut niveau culturel, il existe sans conteste un blocage des mentalités qui induit un véritable décalage culturel ne permettant pas une dynamique qui est notre fondement».
Gérard de HAUTEVILLE


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