Le café Engel devient alors le point de ralliement central, avec son poste de télé réglé sur les défis de la Grande Boucle et ses cadres aux murs où s’étalent photos et maillots dédicacés d’Ullrich et de Dirk Baldinger, l’enfant du pays privé de Tour de France 1997 pour cause de blessure. On commente la lutte sur les routes de France, casquette Deutsche Telekom (l’équipe d’Ullrich) enfoncée sur le crâne pour les uns, tenue complète de cycliste ou tee-shirt à la gloire des deux rouleurs du cru sur le dos pour les autres.
On croise les doigts devant l’écran, même si la cause est entendue: «Jan», comme tous l’appellent ici, a gagné le Tour 1997. Une banderole tendue en travers de la rue rend déjà hommage au jeune champion (23 ans) arrivé fin 1994 de son Rostock natal pour rejoindre Baldinger, son compagnon d’entraînement: «Merdingen salue Jan Ullrich», lit-on sur le mince ruban de tissu.
Tous à Colmar
«Avant, je ne m’intéressais pas au Tour de France, juste le dernier jour sur les Champs-Elysées, mais, évidemment, quand il y a quelqu’un dans la maison qui y participe...», explique Dora Kirsten, qui occupe l’appartement mitoyen de celui du héros local, au rez-de-chaussée d’une grande maison à colombages.
Tous les après-midi collée devant son poste, elle n’en revient pas de voir le maillot jaune sur les épaules de son jeune voisin si «calme et tranquille» et qui ne rechigne pas «à prendre son tour de rôle quand il s’agit de nettoyer la cage d’escalier». Elle fait remarquer qu’il «l’a bien mérité tout de même», en désignant le recoin étroit de la cave où Ullrich s’entraînait cet hiver.
Mercredi, lorsque le Tour s’arrêtera à Colmar, dans l’Alsace voisine, elle fera avec son mari les 30 km séparant Merdingen de la ville-étape pour fêter le jeune prodige. Elle retrouvera là-bas la mère du champion, venue du port balte de Rostock (ex-RDA) faire la bise à son fils, et la plupart de ses voisins, sans oublier la fiancée de Jan Ullrich, Gaby, une jeune femme de Merdingen.
«Tout le village part, il n’y a que le maire qui gardera la maison!», explique Dieter Schopp, un employé municipal. Bientôt, la brochure publicitaire de Merdingen sera remaniée pour qu’Ullrich figure en bonne place, aux côtés des abreuvoirs fleuris et des bâtiments baroques, au rang des attractions locales, assure-t-il.
Les deux bus affrétés pour aller à Colmar mercredi, le car pour se rendre sur les Champs-Elysées dimanche, c’est le couple Keller qui s’en est chargé. Les tee-shirts tout dévolus aux exploits d’Ullrich et de Baldinger, ce sont eux qui les ont commandés. Et, Barbara Keller, elle, ira à vélo à Colmar. En espérant que, «l’an prochain, le Tour passe à Merdingen». (AFP)

