Cette loi, déposée devant le Parlement le 18 juin, concerne environ 8.000 entreprises représentant 65% du produit intérieur brut de la Serbie et 90% des emplois salariés.
Ces entreprises ne sont pas purement d’Etat, car elles sont formellement autonomes, étant héritières de l’«autogestion» à la yougoslave. La conséquence juridique en est l’initiative laissée à l’entreprise de décider de sa conversion en société par actions ou non.
Les économistes les assimilent toutefois au secteur public, d’autant que des tentatives de privatisation au début de la décennie ont été quasi annulées autoritairement par l’Etat en 1994. L’hyperinflation qu’a connue le pays en 1993 avait dévalué totalement le prix des actions vendues à crédit à la population.
La loi est attendue par les milieux d’affaires étrangers intéressés par le principal marché potentiel des Balkans, selon des sources économiques européennes. Mais elle est marquée par des préoccupations politiques préélectorales qui risquent de décevoir, estiment diplomates et économistes serbes d’opposition.
Des élections présidentielle et législatives doivent avoir lieu en Serbie avant la fin de l’année. Selon l’opposition, elles pourraient se tenir dès septembre.
Le poids des échéances politiques se retrouve dans les dispositions sociales de la loi, qui doit prendre effet le 31 octobre prochain, selon Oskar Kovac, conseiller du gouvernement et député socialiste du Parti socialiste (SPS, au pouvoir).
Chaque salarié et retraité de l’entreprise convertie en société par actions se verra attribuer gratuitement des titres pour 400 deutschemarks (233 dollars) par année de présence, selon M. Kovac. Ils ne seront cessibles que progressivement pendant 5 ans. Des prix préférentiels leur seront aussi proposés.
Cette part du personnel pourra atteindre 60% du capital, précise M. Kovac, l’un des auteurs de la loi.
10% seront attribués au fond de retraite national. Ce que rapporteront les 30% restant à vendre ira à l’Etat.
«Cette loi de privatisation est absurde», réagit Jovan Rankovic, économiste d’opposition après avoir été conseiller économique du gouvernement. «Elle ne permettra pas de travailler car elle n’apportera aucune liquidité aux entreprises», ajoute-t-il.
«Elles n’ont pas de fonds de roulement, sont endettées, certaines perdent de l’argent et sont obsolètes en raison du désinvestissement pendant les cinq ans de sanctions internationales».
«Sans capital frais, nous n’avons aucune chance d’en sortir», s’indigne M. Rankovic, qui avait proposé avec 16 autres économistes un autre projet.
«Nous avons vécu 5 ans de sanctions avec des entreprises travaillant à 30$ de leurs capacités en payant les salaires à 100%. Elles ont mangé leur capital et n’ont pas investi», reconnaît M. Kovac, qui explique ainsi la nécessité de «vendre des actions pour récupérer un capital».
Il fait valoir que la loi prévoit la possibilité de procéder à une augmentation de capital dont le montant peut être librement décidé et vendu à qui le souhaite (serbe ou étranger) au profit cette fois de l’entreprise et non de fonds d’Etat.
Les actions peuvent également être échangées contre des créances détenues par des étrangers, précise M. Kovac.
Mais il veut que la privatisation «à la yougoslave» soit «différente de ce qui s’est passé en Allemagne de l’Est ou en Pologne» et qu’il ne soit pas «si facile pour des étrangers de prendre le contrôle des entreprises serbes».
«Quel étranger serait assez fou pour investir à fonds perdus sans avoir le contrôle»?, s’interrogent des diplomates occidentaux. (AFP)

