Une fois n’est pas coutume, Pékin a décidé de construire une usine de crayons en Allemagne, au cœur de l’économie de marché, quand les investisseurs font en général le chemin inverse, alléchés par les bas salaires du marché chinois.
Il s’agit du premier investissement direct de la Chine en Allemagne et de l’un de ses tout premiers en Europe, selon des experts chinois et allemands. Le ministère chinois du Commerce extérieur refuse pour sa part de commenter l’opération.
Trois partenaires chinois sont associés à ce projet qui représente un investissement de 8,5 millions de dollars: le numéro un chinois du crayon à papier, China First Pencil Co, le groupe financier Shanghai International Trust and Investment Corp. et une société de commerce basée à Hambourg, AIT.
La Norddeutsche Bleistift Fabrik (NBF — usine de crayon d’Allemagne du Nord), installée à 170 kilomètres au nord-ouest de Berlin, doit entrer en service en août, avec une capacité de production annuelle de 100 millions de crayons destinés aux marchés européen et nord-américain.
Mais pourquoi avoir choisi l’Allemagne où les coûts du travail sont réputés parmi les plus élevés du monde? «Fabriquer ici, c’est un gage de qualité pour nos produits», explique en anglais le directeur de NBF, Haomin Deng.
Avec la mention «Made in Germany», un design coloré et une marque évocatrice du Vieux Continent (Eupro), M. Deng espère avoir réuni toutes les conditions pour partir à l’assaut du marché européen, quand le «Made in China» reste mal vu ou synonyme de basse qualité.
Un gâteau bien partagé
«Une livraison prend six semaines pour venir de Chine. Si vous voulez réagir rapidement aux besoins de la clientèle, il faut être présent sur le marché», ajoute le responsable marketing, Manfred Gau, spécialiste originaire d’Allemagne de l’Ouest.
Si Allemagne rime avec prestige, l’Empire du Milieu reste l’un des pays les mieux pourvus en matières premières et en main-d’œuvre bon marché. Les mines et le bois nécessaires aux crayons vont être importés de Chine déjà prémontés. Seuls le laquage, la finition et l’emballage des produits se feront à Neustadt-Glewe. Un crayon pourra ainsi être mis sur le marché pour 0,68 dollar, alors que les grandes marques allemandes le vendent un dollar.
Dans l’usine flambant neuve, les machines importées de Shanghai semblent presque anachroniques avec leur allure des années 60. A quelques semaines du lancement de la production, des techniciens chinois s’affairent à les installer et à les régler.
«Ils partiront quand le personnel allemand sera formé», indique M. Deng. Pour commencer, NBF comptera une vingtaine de salariés, dont huit techniciens chinois. A terme, elle devrait employer de 50 à 75 personnes.
Originaire de Shanghai, M. Deng, 45 ans, s’est converti à la gestion après des études scientifiques. Toujours souriant, engoncé dans un costume trop grand pour lui, il semble encore tout intimidé de se trouver là.
L’ambition de ses objectifs n’en est que plus surprenante: il annonce vouloir prendre 20% du marché allemand et amortir tous les investissements en trois ans.
A côté de lui, Manfred Gau, 52 ans, fait office de sage occidental. Seul Allemand à occuper un poste élevé dans la hiérarchie, il est aussi le seul qui ait une véritable expérience du marché. Dans l’offensive qui se prépare, sa mission est de cibler la clientèle et d’ajuster les prix.
«Attendons de voir comment le marché va nous accueillir. N’oublions pas que le gâteau est déjà bien partagé et que nous allons tenter de prendre quelque chose aux autres», souligne-t-il prudemment. (AFP)

