Coïncé entre une brasserie et un café, le «Hanf und so…» («Chanvre, etc.» en allemand), affiche sans façon ses produits: tous les dérivés possibles du chanvre, exception faite du haschisch et de la marijuana dont la consommation est prohibée des deux côtés du Rhin.
«Nous vendons les graines de cannabis, le terreau, l’engrais et les lampes de serre, mais pas les feuilles», plaisante Klaus, 38 ans, un ancien fabricant de poêle en faïence au chômage, reconverti dans ce commerce qui fleurit en toute légalité outre-Rhin.
Les graines y sont vendues par sachets de dix à un prix oscillant entre 90 et 900 F (entre 15 et 150 dollars), selon la teneur en tétrahydrocannabinol.
Toléré en Allemagne — dans l’annuaire allemand, «Hanf und so…» figure à la rubrique «artisanat et souvenirs» — le chanvre est, en revanche, totalement illégal en France.
Ce qui n’empêche pas Rita et Klaus d’être sous la surveillance de la police allemande et de la gendarmerie française. L’une et l’autre leur ont déjà rendu une visite de courtoisie, quelque mois plus tôt.
Les déboires des touristes commencent en franchissant le pont en direction de l’Alsace. Ils tombent alors sous le coup du chapitre «incitation à la consommation de produits stupéfiants ou substances vénéneuses».
Des dizaines de Français ont ainsi été appréhendés entre 1996 et 1997 par les douanes, en possession notamment de T-shirts frappés d’une feuille de cannabis.
«Energy drink»
Des visiteurs s’approchent timidement de la vitrine joliment décorée par la douce Rita. Certains lèvent un sourcil étonné face aux dizaines de modèles de pipes à eau, de magazines et de posters à la gloire de Bob Marley, connu tant pour son reggae que son amour des plantes.
Sirotant un café sous une photographie de la Statue de la Liberté brandissant une monumentale cigarette cônique, le paisible couple Berg s’amuse du joyeux remue-ménage que leur magasin provoque depuis son ouverture, le 1er avril 1996.
«Nous avons à la fois des habitués, parfois très respectables, et des touristes. Les Français aussi nous rendent visite mais beaucoup sont déçus car ils pensent pouvoir acheter de la marijuana, comme en Hollande ou en Suisse», explique Rita.
Le visiteur dépité peut cependant se rattraper sur des pancakes au cannabis, du chanvre chocolaté, un élixir «it’s magic and spiritual», et un «energy drink» gazeux à l’extrait de chanvre.
Pour les plus «accros», Rita et Klaus proposent un livre de recettes au titre prometteur «Cuisiner et Planer», qui détaille notamment le secret des pâtes au chanvre et de la soupe de cannabis.
Véritable casse-tête pour les juristes européens, le commerce du chanvre est donc loin d’être harmonisé en dépit de l’ouverture des frontières de l’Europe.
Pour Elisabeth Olivi, porte-parole du commissaire européen en charge du marché unique, force est de se retrancher derrière la formule: «Le code pénal de chaque Etat prime sur la libre circulation». (AFP)

