En dépit de l’espoir suscité par cette nouvelle proposition de cessez-le-feu accepté par les belligérants, les affrontements se poursuivaient à l’arme lourde. «Il y a des tirs sporadiques ça et là en plein centre-ville», affirmait une source diplomatique contactée depuis Kinshasa.
Des témoins rapportaient que les pillages, qui ont mis en «ruines» les commerces situés dans le centre-ville et dans les zones de combats, se poursuivaient.
«La ville a été entièrement pillée. Les entrepôts de médicaments ont été saccagés et les produits pharmaceutiques emportés par des pillards», affirme Carine arrivée mercredi soir à Kinshasa avec ses trois enfants.
Dans les quartiers sud de la capitale épargnés par les affrontements, les médicaments commencent à se faire rares dans les hôpitaux et dans les pharmacies, ajoute Carine qui souligne que seuls les quartiers nord où les entrepôts ont été pillés disposent des médicaments.
«Les pillards vendent à même la rue à Talangai et Quenzé les médicaments volés sans être inquiétés», poursuit Carine.
La situation sanitaire de ces deux quartiers nord de la ville se dégrade en raison de l’absence d’eau potable. «Les quartiers nord sont privés d’eau potable et d’électricité alors que la distribution de l’eau et de l’électricité dans les quartiers sud n’a pas été interrompue», déclare Euloge, un autre témoin réfugié à Kinshasa.
«Il y a des cas de diarrhée qui commencent à se manifester dans les quartiers Nord», ajoute Euloge qui déplore la poursuite des règlements de comptes et «d’épuration ethnique». «Les belligérants font la chasse à toute personne soupçonnée d’être de l’ethnie adverse», souligne-t-il.
Ces conditions de vie ajoutées à la violence des affrontements ont contraint les populations civiles à quitter la capitale pour se réfugier dans les régions environnantes. Selon la radio officielle, plus du tiers des 900.000 habitants a fui les combats.
Alors que la ville continue de se vider de sa population, les belligérants ont commencé par medias interposés leur campagne électorale. Jeudi matin, Radio-liberté, contrôlée par les partisans de Sassou Nguesso, annonçait une marche pacifique pour lundi afin de soutenir la candidature de Denis Sassou Nguesso à l’élection présidentielle. Initialement prévu le 27 juillet, le scrutin sera reporté en raison des affrontements dans la capitale.
De son côté, la radio gouvernementale diffuse chaque jour des communiqués des organisations politiques proches du pouvoir, soutenant la candidature de M. Lissouba.
Mercredi, le président Bongo, qui dirige le comité de médiation international dans la crise congolaise, a proposé aux belligérants un projet de cessez-le-feu devant entrer en vigueur le 14 juillet à minuit et une rencontre à la même date à Libreville.
Ce projet de cessez-le-feu a été accepté par les deux parties en lutte. Mercredi, le président Lissouba a accepté, après plusieurs jours de tergiversations, de signer le cessez-le-feu comme l’exigeait M. Sassou Nguesso qui conditionnait sa propre signature à celle du chef de l’Etat. (AFP)

