Cette décision, prise moins d’une semaine après la marche à travers un quartier catholique de Portadown qui avait provoqué des journées d’émeutes à travers toute la province, intervient alors que l’Ulster se préparait à vivre un week-end de violence.
John Hume, le dirigeant du parti nationaliste le plus important d’Ulster, a qualifié la déclaration sur les marches, que les catholiques jugent triomphalistes et intimidantes, de «décision très responsable de l’ordre d’Orange.»
Dictée par
les principes
Soulignant que la décision était «dictée par les principes et avait requis un certain courage moral», le ministre britannique à l’Irlande du Nord Mo Mowlan a appelé «les autres responsables — des deux communautés — à faire preuve d’autant de flexibilité et de générosité.»
Le premier ministre irlandais Bertie Ahern s’est quant à lui réjoui vendredi de la décision des protestants orangistes de modifier le trajet de leurs marches controversées prévues samedi en Ulster. «Il s’agit d’un geste très positif de la part de l’ordre d’Orange et le gouvernement estime qu’il mérite une réponse des nationalistes tout aussi positive», a déclaré le premier ministre dans un communiqué.
En début de semaine, M. Ahern avait critiqué la décision du gouvernement britannique d’autoriser dimanche dernier une marche orangiste à travers le district catholique de Portadown, dans le Sud-Ouest de Belfast, qui avait déclenché des troubles dans toute la province.
Un représentant local de l’ordre d’Orange à Belfast avait été le premier à annoncer l’annulation de la marche d’Ormeau Road, «pour éviter de donner aux ennemis de notre héritage protestant l’opportunité de causer des troubles avec le risque de perte en vies humaines.»
Détourner
la marche
Cette décision avait été suivie par celle des orangistes de Londonderry, dans le Nord-Ouest, où quelque 10.000 personnes devaient défiler samedi en défiant la majorité catholique de la ville. Ils ont déclaré qu’ils détourneraient la marche sur une ville voisine pour éviter la confrontation.
L’ordre d’Orange a également annoncé qu’il annulait la marche prévue samedi dans la ville frontière de Newry, tandis qu’il modifiait le trajet de celle programmée à Armagh, dans le Sud de la province.
Pour sauver la face, les orangistes ont insisté sur le fait qu’ils ne renonçaient pas au droit de défiler, mais que cette décision avait été prise pour «empêcher les ennemis de l’Ulster» de risquer des vies et de causer un vaste mouvement de désobéissance civile.
Les orangistes organisent plusieurs dizaines de marches samedi, qui est le point culminant de leur calendrier, mais les quatre marches annulées ou détournées sont parmi les plus controversées car elles passent à travers ou à côté de quartiers à majorité catholique.
En prévision des marches de samedi, l’Ulster se préparait à des troubles encore plus violents que ceux du week-end dernier.
17.500 militaires sont présents dans la province.
Des discussions de dernière minute ont eu lieu entre hommes politiques et leaders des deux communautés pour éviter la répétition des violences du week-end dernier. Les négociations se sont poursuivies toute la journée de jeudi.
Le chef de la police d’Irlande du Nord, Ronnie Flanagan, a rencontré les leaders de l’ordre d’Orange à Belfast tandis qu’à Londres le premier ministre britannique Tony Blair élaborait avec Mo Mowlam la stratégie du gouvernement pour le week-end.
Mais la décision orangiste devrait désamorcer la tension, en dépit du refus de certains militants de suivre les consignes d’apaisement de leurs leaders.
La marche orangiste de dimanche à Portadown avait provoqué trois journées d’émeutes dans toute la province, avec des lancers de cocktails molotov et des tirs qui avaient fait un mort, plus de 100 blessés et des millions de dollars de dégâts.
Les marches orangistes du 12 juillet célèbrent chaque année la victoire du roi anglais Guillaume d’Orange en 1690 sur l’armée catholique au cours de la bataille de Boyne qui a marqué l’avènement de la domination protestante en Ulster. (AFP)

