La première victime de ce qu’un analyste décrit comme un possible «bain de sang» a été la Benoni Gold Mining Company, une filiale du groupe Randgold située à quelque 30 kilomètres à l’est de Johannesburg. Selon une radio privée, les activités ont cessé dès mardi après l’annonce la veille de la fermeture de la mine en raison de problèmes techniques et de la baisse du prix de l’or.
Randgold n’était pas en mesure de confirmer si toutes les activités de la mine, qui emploie 97 personnes, avaient déjà cessé. Mais un porte-parole a souligné que l’intention de la société était bien de mettre fin à l’activité aussitôt que possible, à l’issue des pourparlers avec les syndicats.
L’activité de la Benoni consiste à traiter des déblais de minerai pour retirer 50 à 70 kilogrammes d’or par mois à partir de 120.000 tonnes de déchets. «C’est une opération de surface qui n’est tout simplement plus rentable au prix actuel de l’or», a estimé le président de Randgold en annonçant la fermeture de l’exploitation.
Dans les autres secteurs de l’industrie de l’or, pilier de l’industrie sud-africaine, l’annonce de la chute du prix à 318 dollars l’once, le plus bas depuis 12 ans, et d’éventuelles baisses nouvelles, ont été accueillies avec découragement. Selon certains analystes, au prix actuel, 57% des producteurs d’or sud-africains travaillent à perte; si le prix de l’or tombait au-dessous de 300 dollars, comme le prédisent certains économistes, alors ce seraient seulement cinq des dix-neuf mines du pays qui resteraient rentables.
L’Afrique du Sud est le principal producteur mondial d’or avec 495 tonnes extraites en 1996, devant les Etats-Unis (329 tonnes) et l’Australie (289 tonnes).
Les exploitants les plus à même de résister à la tempête sont ceux qui auront su mettre en place des stratégies de prix adéquates, estiment les analystes.
Kelvin Williams, directeur du marketing de l’Anglo American, le plus gros producteur d’or au monde, a estimé que sa société pourrait surmonter la conjoncture actuelle grâce à sa politique des prix. Il a indiqué que l’Anglo American avait déjà vendu près de la moitié de sa production pour les douze prochains mois à des prix lui garantissant un profit.
D’autres analystes considèrent que la fermeture des mines n’est pas encore à l’ordre du jour. Selon l’un d’entre eux, même si le prix du métal jaune devait descendre à 250 dollars l’once, il faudrait attendre plus d’un an avant d’assister à un mouvement significatif de fermeture de mines.
Les ventes d’or représentent encore 15 pour cent des revenus de l’Afrique du Sud malgré la chute des prix. Pour chaque baisse de 10 dollars, c’est 160 millions de dollars qui sont soustraits de la valeur des exportations du pays. (AFP)

