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Actualités - Chronologie

L'Esturgeon et ses oeufs noirs se font chaque année plus rares

La saison de pêche se termine. Le combinat Kirov, non loin d’Astrakhan sur le delta de la Volga, aura produit cette année 2,4 tonnes de caviar contre trois tonnes l’an passé, une baisse qui se répète de saison en saison.s
Menacé par la détérioration de l’écosystème, par les recherches pétrolières menées un peu partout dans la mer Caspienne, et par un braconnage de plus en plus structuré, l’esturgeon et ses œufs noirs se font chaque année plus rares et les quotas de pêche fixés par les autorités diminuent.
Les braconniers pourtant prospèrent et beaucoup en profitent, du haut fonctionnaire au simple citoyen.
«Tout le monde ici mange du caviar du marché noir. Il est totalement frais, bien meilleur que celui des usines, qui doit être traité pour mieux se conserver, et se vend à un prix imbattable», reconnaît Alexandre, ancien responsable du comité local du Parti communiste de l’URSS, qui occupe aujourd’hui un poste d’influence.
Le combinat Kirov, comme tous ceux disposant d’une licence, vend son caviar entre 1,2 million et 3 millions de roubles le kilo (208 à 520 dollars), selon la qualité du grain et l’espèce du poisson, explique la comptable Lioudmila Mizkopoklonova.
Les contrebandiers le proposent pour dix fois moins cher à Astrakhan, entre 150.000 et 300.000 roubles le kilo (26 à 52 dollars).
Tout le monde touche un peu au juteux marché de la contrebande dans cette région dont le caviar est la «carte de visite» et où la majorité de la population vit du poisson.
Du pêcheur de kolkhoze — abordé sur son bateau par les contrebandiers — à certains membres hauts placés qui protègent le marché noir.
«Comment voulez-vous que le pêcheur, qui attend plusieurs mois un salaire de misère, ne cède pas à la tentation?» commente Edouard Volodine, premier adjoint du gouverneur de la région, responsable de la lutte contre la contrebande.
Les pêcheurs, qui touchent officiellement entre 30 et 180 dollars, sont payés avec des mois de retard et souvent en nature.
Quant à la corruption, «comme partout en ex-URSS quand circule beaucoup d’argent, elle est très présente», reconnaît M. Volodine.
On peut «dire sans trop se tromper que le braconnage équivaut au moins à 50% de la production», et également à la moitié des exportations. «Des organisations mafieuses se sont lancées dans les exportations de caviar de contrebande», relève cette source officielle.

Saisies faibles

Les saisies, elles, restent faibles. Pour la région d’Astrakhan, berceau historique du caviar du Nord de la Caspienne, 6 tonnes de caviar de contrebande ont été saisies en 1996, pour une production officielle de 60 tonnes pour la région.
Or, tout le long du delta comme en mer, les pêches sauvages sont de notoriété publique. Et de 250 tonnes de caviar officiellement tirées chaque année de la Caspienne (près de 90% de la production mondiale), la production réelle passe à 350-400 tonnes.
Au Daghestan ou en Azerbaïdjan, au large des côtes, sur des kilomètres s’étalent des filets au maillage serré ou des bas de ligne pourvus de double crochets, dit Vladimir Nikoline, du département de sauvegarde des réserves piscicoles, précisant que ces deux façons de pêcher sont totalement interdites.
Tous les poissons tombent dans les filets ou se déchirent, jeunes et adultes, caviar ou non. Et personne ne se préoccupe de la survie de l’espèce, ajoute-t-il, affirmant que de l’ex-URSS, seule la région d’Astrakhan élève l’esturgeon et rejette dans les eaux les alevins, qui 16 ans plus tard, produiront du caviar.
Les bateaux des contrebandiers, modernes et plus rapides que ceux des gardes-côtes, partent régulièrement en mer et se livrent parfois de véritables batailles navales, raconte M. Nikoline.
«Tant que les Etats riverains nés de l’éclatement de l’URSS ne se seront pas mis d’accord sur le statut de la mer et la propriété des eaux, la contrebande se développera», estime Edouard Volodine. Des fortunes continueront à s’échapper des caisses des Etats et les poissons migrateurs à disparaître de la Caspienne.
Et ce, quels que soient les nouveaux règlements de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces menacées, qui en juin a décrété un contrôle sur le commerce de 23 espèces d’esturgeon et produits dérivés), dont le Kazakhastan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan ne sont pas membres. (AFP)
La saison de pêche se termine. Le combinat Kirov, non loin d’Astrakhan sur le delta de la Volga, aura produit cette année 2,4 tonnes de caviar contre trois tonnes l’an passé, une baisse qui se répète de saison en saison.sMenacé par la détérioration de l’écosystème, par les recherches pétrolières menées un peu partout dans la mer Caspienne, et par un braconnage de plus en plus structuré, l’esturgeon et ses œufs noirs se font chaque année plus rares et les quotas de pêche fixés par les autorités diminuent.Les braconniers pourtant prospèrent et beaucoup en profitent, du haut fonctionnaire au simple citoyen.«Tout le monde ici mange du caviar du marché noir. Il est totalement frais, bien meilleur que celui des usines, qui doit être traité pour mieux se conserver, et se vend à un prix imbattable», reconnaît...