A 73 ans, M. Denktash demeure, de l’avis de ses amis comme de ses adversaires, «un chef incontournable» au sein de sa communauté qu’il a tenu à rassembler dans le nord de l’île, occupé par l’armée turque en juillet 1974.
Comme son interlocuteur à Troutbeck (Etat de New York), le président chypriote Glafcos Cléridès (78 ans), M. Denktash est également juriste et fils de juge. Comme lui, il a fréquenté l’English School de Nicosie, avant de faire aussi son droit à Londres.
«Président» depuis 1983 de la «République turque de Chypre du Nord» (RTCN, reconnue uniquement par Ankara), M. Denktash avait proclamé en 1975 un «Etat fédéral turc de Chypre».
A l’ombre du vice-président de Chypre (de 1960 à 1973) Fazil Kuchuk, M. Denktash a représenté dès 1959 sa communauté aux négociations qui ont abouti aux accords de Zurich et Londres sur l’indépendance de Chypre en 1960.
Il a ensuite «préféré présider la Chambre communale interne de sa communauté, au lieu d’être ministre ou député de la République», selon sa biographie.
Diabolisé par les Chypriotes-grecs et critiqué par ses adversaires politiques qui le considèrent comme «un obstacle à une solution», M. Denktash a été plusieurs fois montré du doigt par l’ONU pour ses «positions intransigeantes».
Poète et photographe
Il a beaucoup d’influence auprès des hommes politiques et des militaires turcs, et «joue habilement de la carte chypriote, objet de consensus à Ankara, pour éviter toute concession», dit un diplomate.
Ses adversaires ne partagent pas son refus de l’adhésion de Chypre à l’Union européenne, ni son insistance sur une souveraineté séparée de la «RTCN», au sein de l’Etat fédéral bizonal et bicommunautaire, formule vague acceptée depuis 1977.
Ils admettent toutefois qu’il est, avec M. Cléridès, le «seul capable de signer un accord et de le faire accepter ensuite par les siens».
M. Denktash «engrange chaque fois une concession des Chypriotes-grecs sans signer d’accord, quitte à en demander une autre au prochain round», soulignent plusieurs diplomates. Ils estiment qu’il est «resté prisonnier des événements de 1963 (affrontements sanglants entre Chypriotes-grecs et turcs), qu’il rappelle à ses visiteurs depuis vingt-trois ans».
M. Denktash menace souvent «d’intégrer totalement le nord de Chypre à la Turquie» ou «d’installer de nouveaux colons turcs à Varosha», banlieue grecque inhabitée de Famagouste (est).
Poète et photographe amateur, M. Denktash a deux filles et un fils, Serdar («vice-premier ministre» de la «RTCN»), depuis la perte de son aîné Raïf, tué en 1986 écrasé par un camion militaire turc.
Pour démontrer qu’il ne croit pas à la coexistence, M. Denktash a fait récemment transférer au nord les cendres de sa mère qui était enterrée à Paphos (ouest), sa ville natale. (AFP)

