Pour Nissim Zvilli, député laïc de l’opposition travailliste et coauteur de la proposition, les bornes ont été franchies lorsque l’évangéliste américain Morris Cerullo a fait envoyer ses prêches par courrier à un demi-million d’Israéliens l’année dernière.
D’après lui, les juifs n’ont pas souffert de la persécution chrétienne pendant des siècles et fondé un Etat juif pour se voir inonder de matériel religieux leur indiquant qu’ils suivent le mauvais chemin spirituel.
«Je trouve stupéfiant d’avoir à combattre les missionnaires dans un Etat juif», a expliqué M. Zvilli.
M. Zvilli a rédigé la proposition de loi avec un député ultra-orthodoxe du Parti unifié de la Torah, Moshé Gafni, qui fait partie de la coalition de M. Benjamin Netanyahu. Leur objectif est de sauvegarder les droits des juifs dans un Etat censé les protéger contre la discrimination.
Le texte vise à interdire «la possession, l’impression, la reproduction, la diffusion, la distribution et l’importation de publications qui visent à la conversion religieuse».
Des chrétiens se sont élevés contre le projet, estimant qu’il limiterait leur liberté de religion en Israël. Et M. Netanyahu a fait savoir qu’il s’y opposait, ce qui réduit quasiment à néant les possibilités que le texte ait un jour force de loi.
MM. Zvilli et Gafni ont cependant affirmé que des centaines de juifs des couches pauvres de la société israélienne sont convertis chaque année au christianisme par des missionnaires qui travaillent, selon eux, à coup de «millions de dollars» fournis par leurs Eglises.
Lettres de protestation
«C’est une entrave à la liberté religieuse lorsqu’un homme gentil et souriant se présente au domicile d’un juif qui se trouve dans une passe difficile et lui offre son aide, tout en essayant de lui laver le cerveau», a expliqué M. Zvilli. «Ils (les missionnaires) exploitent les faiblesses des gens».
Des centaines de lettres de chrétiens ont afflué pour protester contre ce projet, depuis le Vatican jusqu’au président de la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat américain, M. Jesse Helms.
Les protestataires ont averti le gouvernement israélien qu’à leur avis, le projet de la loi interdirait même la possession du Nouveau Testament en Israël. Mais M. Zvilli, qui dit avoir lui-même une copie de la Bible chrétienne à son domicile, rétorque qu’une disposition du projet exclut spécifiquement le Nouveau Testament des restrictions envisagées.
Des responsables chrétiens locaux ont déclaré comprendre la délicatesse du problème et ont souligné qu’ils s’abstenaient généralement de toute activité missionnaire. «Nous sommes disponibles pour servir mais nous nous interdisons d’empiéter sur la religion de quelqu’un d’autre», a indiqué M. Paul Werger, un pasteur de l’Eglise évangélique du Rédempteur à Jérusalem.
«Si jamais nous le faisions, nous serions expulsés très vite», a-t-il ajouté.
Le fonctionnaire israélien chargé des Affaires chrétiennes au ministère des Cultes, Uri Mor, a rétorqué que certaines Eglises «n’ont pas été suffisamment sensibles» en essayant de convertir des juifs récemment immigrés en Israël de Russie ou d’Ethiopie. Mais il a lui-même écrit au gouvernement pour souligner son opposition au projet de loi. (AFP).

