Les «grands argentiers» de l’Union européenne se rencontreront après une semaine d’intense cacophonie sur l’interprétation à donner au critère-clé du traité, celui qui interdit théoriquement un déficit supérieur à 3,0% du PIB.
Côté allemand, Helmut Kohl a rejoint le camp des «fétichistes»: trois pc signifie 3,0%, a-t-il dit.
Côté français, le ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn a annoncé que le déficit français serait supérieur à ce seuil — et peut-être même à 3,4% — et rappelé que le traité prévoyait explicitement une interprétation «en tendance».
Sans s’engager, il a estimé que la France pourrait revenir «à peu près dans les clous» en cas de déficit situé à 3,4%, ce qui lui permettra de faire partie du peloton de tête de l’euro.
Mais il y a un fossé entre «3,0%» et «à peu près».
«Je m’attends à une vraie discussion lundi», a dès lors déclaré un diplomate luxembourgeois, dont le pays vient de prendre les rênes de l’Union européenne pour six mois.
La grande explication devrait cependant être remise à l’automne, lorsque seront connus les résultats des trois premiers trimestres de 1997 et qu’apparaîtront clairement les pays qui seront aux alentours du seuil de trois pc.
La présidence luxembourgeoise, l’un des rares pays à respecter les cinq critères du traité avec une confortable marge de manœuvre tout en ignorant le chômage, appelle ce répit de ses vœux et entrevoit le débat avec philosophie.
Ne pas dramatiser
Les responsables de ce pays estiment qu’il y a une limite à ne pas dépasser pour le déficit, fixée à 3,4%: tous les pays qui seront en deça et qui pourront prouver que leur assainissement est durable grâce à des mesures structurelles feront dès lors partie du peloton de tête de l’UEM, le 1er janvier 1999.
«Le maximum c’est 3,4%», souligne l’un d’eux.
L’Allemagne serait selon ce scénario à 3,0% ou juste au-dessus et, même en cas de dépassement léger, franchirait l’obstacle en dépit des déclarations actuelles.
La principale raison est la crainte des patrons allemands de voir le mark s’apprécier en cas d’échec de la monnaie unique.
«Il ne faut pas dramatiser le débat germano-allemand, qui disparaîtra comme il est venu», a déclaré cette semaine le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
La France serait quant à elle aux alentours de 3,4% et, même s’il sera difficile de faire avaler la pilule à l’Allemagne, les Luxembourgeois croient que ce sera possible.
Tous les pays agissent en tout cas comme si le lancement de l’euro à la date du 1er janvier était irréversible.
L’Italie, dont la réputation en matière de gestion des finances publiques était jusqu’ici mauvaise, commence à gagner l’estime de ses partenaires, y compris de l’Allemagne.
Rome présentera lundi à ses partenaires européens un programme de convergence révisé qui prévoit un déficit de 3,0% en 1997 et de 2,8% en 1998, démontrant l’ampleur des réformes mises en œuvre depuis plusieurs années.
Certes, si les prévisions ne semblent pas «irréalistes» aux yeux des diplomates, elles sont «peut-être optimistes».
«Mais si l’on voit ce que le gouvernement italien a accompli dernièrement, on peut penser qu’ils peuvent y arriver», a ajouté un diplomate, selon lequel la question essentielle — «la situation est-elle stabilisée de manière suffisante?» — ne sera tranchée qu’au printemps 1998, lors de la sélection des participants à la monnaie unique.

