Après l’évacuation de Bethléem par l’armée d’occupation israélienne, en décembre 1995, l’Autorité palestinienne a lancé le projet «Bethléem 2000» pour préparer la ville — où la tradition chrétienne place le lieu de naissance de Jésus — à la venue des pèlerins du monde entier.
«Le projet Bethléem 2000 est priorité de premier ordre», a déclaré le secrétaire général du comité de pilotage, Mme Hanane Achraoui. Cependant, à moins de 1.000 jours des célébrations, les moyens dont disposent les Palestiniens ne sont pas à la hauteur de leurs espérances.
«Nous aurions besoin de 150 millions de dollars pour mener à bien nos projets. Or, nous ne disposons que de 20 millions de dollars en promesses de dons», s’inquiète le directeur général du Haut Conseil de l’industrie touristique arabe, M. Abdelrahmane Abou Rabah.
La réalisation du projet dépend entièrement du financement de mécènes étrangers et d’investisseurs privés.
Egalement membre du comité «Bethléem 2000» qui ne comprend que trois employés, le nouveau maire de la ville, M. Hanna Nasser, se déclare pessimiste. «Nous disposons d’une capacité de 900 chambres et nous espérons seulement la doubler d’ici l’an 2000», déclare-t-il avec résignation.
Les uns incriminent le manque de temps, les autres les défaillances de l’industrie touristique palestinienne. Mais quand le comité cherche encore à embaucher un directeur exécutif, les Israéliens, eux, semblent certains de tirer tout le bénéfice des festivités du millénaire.
Les travaux ont déjà commencé depuis trois ans. Selon le directeur adjoint du ministère israélien du Tourisme, M. Shavtaï Shaï, 15.000 nouvelles chambres d’hôtels — dont 2.200 dans la seule ville de Nazareth —, qui viendront s’ajouter aux 40.000 existantes, sont en chantier.
A la recherche d’une
alternative
Israël s’est lancé dans l’aménagement de voies d’accès aux lieux saints chrétiens dans la région du lac de Tibériade et dans la construction d’un second terminal de l’aéroport Ben Gourion, qui dessert l’ensemble du pays.
Si ces projets concernent le territoire israélien et Jérusalem, les Palestiniens veulent encore se battre pour garder l’avantage à Bethléem, la seule ville autonome palestinienne concernée par les festivités.
Nasser Abou Ghallous, assistant administratif du comité Bethléem-2000, explique cependant que l’industrie touristique est dominée depuis 1967 par Israël.
«Les touristes viennent dans des tours organisés israéliens, avec un guide israélien qui ne présente que le point de vue d’Israël. Même les pancartes destinées aux touristes sont écrites en hébreu. Nous devons proposer une alternative pour amener les touristes à connaître la Palestine», s’exlame-t-il.
Les projets fusent: développement de la vieille ville, rénovation du vieux souk, construction de logements en préfabriqué pour pallier la carence des capacités d’accueil.
Les Israéliens affirment qu’ils sont prêts à coopérer avec les Palestiniens. «Le principe d’une coopération a été établi, même si rien de concret n’a été décidé jusqu’à présent», déclare Shavtai Shaï. «Bethléem est incontournable et les deux parties savent qu’elles ont besoin l’une de l’autre».
Les Palestiniens restent cependant méfiants devant les offres israéliennes, sur fond de blocage du processus de paix. «C’est, avant tout, une question politique», souligne M. Abou Rabah. (AFP)

