Ce trafic frauduleux a été mis à jour par une mission d’enquête décidée par Bruxelles, qui avait des soupçons sur le respect de cet embargo, décrété contre la Grande-Bretagne en mars 1996. Londres venait d’annoncer que la maladie de la vache folle, dont 160.000 cas ont été recensés en Grande-Bretagne, pouvait se transmettre à l’homme sous forme de maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Des enquêtes judiciaires sont en cours, notamment en Belgique, par où la viande aurait transité avant d’être réexpédiée vers d’autres Etats-membres.
Un cas d’importation suspecte a été détecté en France il y a un mois environ lors de contrôles de routine. La viande incriminée a été retirée du circuit de distribution et une procédure judiciaire a été ouverte.
Selon Emma Bonino, commissaire européen en charge du dossier, le rapport de la mission d’inspection, qui a stigmatisé de graves lacunes dans les contrôles britanniques aux frontières, a été transmis à Londres.
Des militaires impliqués
La Grande-Bretagne a indiqué pour sa part mercredi qu’elle enquêtait sur ces exportations illégales. Un porte-parole du ministère de l’Agriculture a indiqué que des vérifications sont en cours, soulignant que les méthodes britanniques en la matière étaient «aussi bonnes qu’ailleurs».
Selon un responsable britannique, parlant sous couvert d’anonymat, ces exportations concernent de la viande de bœuf et non des animaux vivants. Il a ajouté qu’elles ne portaient pas sur une grande échelle et semblaient avoir une seule origine.
«Nous avons reçu des informations à ce sujet et nous avons coopéré avec la Commission et d’autres autorités», a ajouté le porte-parole du ministère de l’Agriculture britannique, sans pouvoir indiquer quand l’enquête serait conclue.
Selon l’hebdomadaire français «Le Canard enchaîné», un télégramme d’Interpol parle de soldats britanniques «impliqués dans une large mesure dans l’organisation» de ces exportations frauduleuses. Le porte-parole britannique a déclaré ne pas être informé d’une telle implication.
Le journal a révélé mercredi l’ouverture d’une enquête d’Interpol sur ces exportations illégales via l’Irlande du Nord et qui devaient arriver en Belgique et Italie du Sud.
Le syndicat national des éleveurs britanniques a «condamné tout acte illégal portant atteinte à la confiance des consommateurs et des producteurs», selon un porte-parole qui s’est cependant «étonné» de voir la Commission publier ces informations sans fournir «de preuves détaillées».
Le bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) a écrit à la Commission européenne pour lui demander de rendre publics «immédiatement» tous les faits relatifs à ces exportations.
Embargo «illégal»
Les hasards du calendrier ont fait que Londres a plaidé mercredi devant la Cour de justice européenne pour l’annulation de l’embargo décrété par Bruxelles. Durant trois heures et demie, la Grande-Bretagne et le syndicat national des agriculteurs anglais (National Farmers’Union) ont réclamé l’annulation, totale ou partielle, de cette décision prise le 27 mars 1996 par la Commission européenne.
A l’audience, le Royaume-Uni a estimé que la décision de Bruxelles ne se fonde sur aucune «base scientifique». «L’interdiction d’exporter aurait essentiellement été décidée pour rassurer les consommateurs et pour protéger le marché de la viande bovine» a déclaré Londres.
Le gouvernement britannique a par ailleurs estimé que la Commission a été au-délà de ses compétences en interdisant non seulement l’exportation de bœuf et de viande de bœuf britannique vers l’UE mais aussi vers les pays tiers.
Cet embargo est «disproportionné» et «illégal» selon Londres, et entrave de «manière injustifiée» la liberté de circulation des marchandises dans l’Union.
Les autorités britanniques ont assuré aux juges de Luxembourg que leurs mesure de sauvegarde et de protection contre la maladie de la vache folle mises en œuvre dès 1988 étaient suffisantes pour assurer la protection de la santé des consommateurs dans l’Union européenne. La décision finale des juges est attendue pour fin décembre.
Le ministère portugais de l’Agriculture a demandé mercredi l’ouverture d’une enquête sur l’éventuelle entrée illégale dans le pays de viande bovine britannique. Un responsable du ministère a indiqué que de la viande contaminée a pu être importée par le Portugal. (AFP)

