«Nous allons poursuivre les mesures destinées à rétablir les capacités de Mir», a indiqué le directeur de l’agence spatiale russe Iouri Koptev, après avoir consulté les spécialistes du centre russe de direction des vols à Korolev (nord de Moscou), sur le plus grave accident survenu en onze ans d’existence de Mir.
«Il n’y a aucun changement dans le calendrier de vols de Mir pour l’instant. Aucune décision de ce geure ne peut être prise avant deux semaines environ, car pour l’instsant, nous ne disposons pas des informations nécessaires», a-t-il ajouté.
L’agence spatiale américaine, dont l’astronaute Michael Foale est à bord depuis un mois avec deux Russes, a apparemment décidé de donner à la Russie une chance de réparer.
«La NASA est d’avis qu’il faut attendre de voir ce qui va se passer dans les prochains jours», a indiqué Catherine Watson, un porte-parole de la NASA à Moscou.
«Il est beaucoup trop tôt pour prendre des décisions à long terme. Les Russes ont déjà fait des choses étonnantes par le passé. Voyons ce qu’ils peuvent faire», a-t-elle ajouté. Aux Etats-Unis, les voix se multiplient pour ne plus envoyer d’astronautes américains sur Mir, ce qui équivaudrait à retirer au programme spatial russe son principal soutien financier.
Michael Foale n’a pas manifesté d’inquiétude jeudi lors d’une communication radio avec le centre de direction des vols.
«Je vais très bien, aussi bien qu’on peut aller quand on a perdu ses affaires», a-t-il indiqué, en allusion à tous les équipements qu’il a abandonnés dans le module accidenté par la collision, inaccessible pour l’instant.
Le choc a fait un trou de trois centimètres carrés dans le module scientifique Spektr, un des six modules qui forment la station. son étanchéité, fondamentale à toute vie humaine dans l’espace, a été rompue et la pression, nulle dans l’espace, a chuté dans la station.
Spektr fermé
Pour rétablir la pression, les cosmonautes ont fermé Spektr par un sas. Mais ils ont aussi dû débrancher l’ensemble des câbles qui relient les quatre panneaux solaires de Spektr au système d’alimentation électrique de la station, alors même qu’un seul panneau a été endommagé par la collision.
Du coup, l’énergie de ces quatre panneaux — sur les 10 que compte la station — est perdue, limitant sévèrement les expériences possibles à bord ainsi que la stabilité de la station.
Les cosmonautes ont cependant réussi à tourner la station orbitale vers le soleil pour que les panneaux solaires restants emmagasinent le maximum d’énergie. Ils ont ainsi restauré 60 à 70% des capacités d’énergie habituelles, selon M. Koptev.
Pour reconnecter les panneaux solaires de Spektr, les cosmonautes devront attendre l’arrivée sur Mir de matériel apporté par un vaisseau Progress, du même type que le vaisseau cargo qui a heurté mercredi la station.
Progress M-35 devait initialement décoller vendredi du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. Son départ a été reporté pour y ajouter le matériel nécessaire aux réparations.
La nouvelle date de lancement de Progress n’a pas encore été arrêtée, mais M. Koptev a indiqué qu’il devrait avoir lieu dans les dix jours.
Selon Catherine Watson, les cosmonautes tenteront d’abord de remplacer le sas isolant Spektr du reste de la station par un autre percé de trous, pour permettre le passage des câbles des panneaux solaires.
Les cosmonautes pourraient faire eux-mêmes ces trous dans un sas de rechange. «Je crois qu’ils ont ce qu’il faut à bord», a-t-elle indiqué.
Si cette première étape réussit, les cosmonautes pourront sortir dans l’espace examiner le trou dans Spektr et les possibilités de le colmater. L’ensemble de ces tâches correspond à environ deux semaines de travail, selon M. Koptev.
Face aux journalistes américains qui lui demandaient si la Russie pourrait abandonner définitivement Mir après cet accident, M. Koptev a répondu avec une défiance rappelant la course à l’espace que se sont livrés Moscou et Washington pendant la guerre froide.
«Nous penserons à arrêter Mir quand vous penserez à arrêter le Shuttle», a-t-il dit, en rappelant que la navette américaine avait écourté l’un de ses vols en avril. (AFP)

