Dans un communiqué annonçant la publication d’un nouveau rapport sur la Libye, Amnesty souligne mercredi que «la situation des droits de l’homme ne peut être que tragique dans un pays où le chef de l’Etat réclame publiquement l’élimination des dissidents politiques et jure de punir les familles et les tribus qui ne dénoncent par leurs membres».
«Non seulement des violations flagrantes des droits fondamentaux sont perpétrées en Libye en toute impunité mais elles sont approuvées au plus haut niveau de l’Etat», selon l’organisation de défense des droits de l’homme.
Amnesty cite les discours récents du dirigeant libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, selon lesquels «quiconque dit «non» est considéré comme collaborant avec l’ennemi» et peut donc être abattu sans jugement, ou réclamant une loi «pour que les mains des voleurs, hommes et femmes, soient coupées».
L’organisation souligne également l’adoption il y a trois mois par le Congrès général du peuple (Parlement) d’une loi («charte de l’honneur») autorisant les châtiments collectifs.
La destruction de maisons ou la prise en otage de proches d’opposants présumés font partie de ces châtiments, et «plusieurs personnalités de l’opposition en exil ont vu leurs biens, y compris leurs maisons, détruits», selon le communiqué.
Amnesty dénonce la détention arbitraire, parfois depuis quinze ans, de «plusieurs centaines d’opposants présumés» et cite les cas de Rachid Abed el-Hamid al-Ourfia et Omrane Omar al-Tourbi, détenus respectivement depuis février 1982 et mai 1984.
Le premier, arrêté avec 20 autres personnes et détenu à la prison Abou Salim de Tripoli, est accusé d’avoir fondé un groupe islamiste d’opposition «en vue de renverser le gouvernement».
«Les détenus sont régulièrement torturés pendant les interrogatoires dans les centres de détention et les prisons du pays, notamment dans les sous-sols de la prison d’Abou Salim», selon le communiqué.
Plusieurs prisonniers politiques seraient morts des suites de sévices, dont les plus fréquents sont des décharges électriques et des morsures de chiens.
Parallèlement, les opposants en exil «continuent d’être victimes d’exécutions extrajudiciaires» ou de «disparitions» comme Mansour Kikhiya, disparu en décembre 1993 au Caire.
«Alors qu’un certain nombre de pays ont limité l’application de la peine de mort ou l’ont abolie, la Libye a élargi le champ d’application de ce châtiment depuis quelques années», note Amnesty.
En juillet 1996, le Comité populaire (ministère) pour la justice et la sécurité publique a annoncé que les spéculateurs ou les trafiquants de drogue et de devises en temps de guerre ou de blocus risquaient la mort.
La Libye est soumise depuis 1992 à un embargo aérien et militaire international pour son refus de livrer aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne deux suspects dans l’attentat contre un avion de la PanAm, qui a explosé au-dessus de Lockerbie (Ecosse), faisant 270 morts en 1988. (AFP).

