«Plus l’enfant est jeune, plus l’extrémité de l’horreur est atteinte et plus la cassette est chère», indique Agnès Fournier de Saint-Maur, spécialiste de la lutte antipédophile à Interpol, organisation internationale de police dont le siège est à Lyon (centre-est).
Une cassette vidéo pédophile «ordinaire» vaut sur le marché français de 300 à 400 FF (1 FF = 0,17 dollars US). Un original, susceptible d’être dupliqué, peut coûter de 2.500 à 5000 FF, selon l’âge des mineurs impliqués et le caractère plus ou moins scabreux des scènes. Aucune évaluation globale du chiffre d’affaires de la pornographie enfantine n’est disponible mais il ne fait pas de doute que le trafic est lucratif.
Les flux vont globalement d’Est en Ouest, indique Interpol. Les pays d’Europe de l’Est et la Russie, où l’enfance est moins protégée, sont producteurs d’une grande quantité de matériel pédophile qui est ensuite consommé en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis.
Certaines sociétés ont pignon sur rue, d’autres sont clandestines ou «mixtes». Toutes profitent des failles de la législation: «Dans la majorité des pays de l’Est, la pornographie enfantine n’est pas réprimée par la loi», indique Mme de Saint-Maur.
Dans le journal russe «Moscow Heral», des petites annonces proposent des enfants des deux sexes, avec un numéro de téléphone pour les amateurs: «Quand vous appelez, plus vous mettez d’argent et plus l’âge des enfants baisse», assure une source de l’ECPAT (End Child Prostitution in Asian Tourism), citée par Mme de Saint-Maur.
Dans le réseau pédophile démantelé la semaine dernière en France, le coût des cassettes variait de 550 à 900 FF. Une des cassettes visionnées par les gendarmes montre un homme à visage découvert en train de violer quatre mineurs. Une autre montre une scène de zoophilie impliquant des adolescents.
Une bonne partie des milliers de cassettes saisies dans le cadre de cette opération sont des duplications d’originaux provenant des pays de l’Est, de Pologne notamment, mais aussi d’Espagne, pays vulnérable à l’exploitation sexuelle des enfants, tout comme le Portugal.
Du matériel pédophile mettant en scène des abus sexuels sur des bébés ou des enfants de quelques mois est venu à la connaissance d’Interpol, notamment via Internet.
«Les gens ont du mal à imaginer jusqu’où l’horreur peut aller en matière de pornographie enfantine», confie la spécialiste d’Interpol. (AFP)

