Comme au Japon à la fin des années 80, sa réussite actuelle, de la technologie à l’emploi, de la médecine à la puissance militaire, du sport à la monnaie, enivre ses dirigeants dont l’autosatisfaction frise l’arrogance.
A Denver, où débute vendredi le sommet annuel des pays riches, «nous pourrions fournir quelques modèles utiles (...) que d’autres pays industrialisés pourraient souhaiter explorer», a dit le porte-parole de la Maison-Blanche, Michaël McCurry.
«Nous sommes la seule superpuissance militaire. Il est de plus en plus clair que nous sommes aussi la seule superpuissance économique. Dans cette époque de globalisation, nous avons l’économie la plus flexible et la plus dynamique du monde. Nous dominons dans quasiment tous les secteurs post-industriels», s’est félicité le secrétaire adjoint au Trésor, Larry Summers, en présentant le sommet.
Cette «position forte (...) nous donne une autorité nouvelle sur la scène internationale et l’opportunité de bâtir un monde à notre façon» a-t-il dit.
L’ambiance n’est donc pas à la morosité en Amérique, alors que le Japon est englué dans sa crise financière, l’Europe crispée sur l’euro et ses contrats sociaux, la Russie dépendante de l’aide internationale.
Au plus bas depuis un quart de siècle, le chômage (4,8% de la population active) est deux ou trois fois plus faible qu’en Europe. En cinq ans, les Etats-Unis ont créé 12 millions d’emplois. Après des restructurations douloureuses mais achevées, des régions entières souffrent de pénurie de main-d’œuvre.
L’argent reste bon marché, les profits des firmes et Wal Street volent de record en record. Avec une inflation maîtrisée, l’économie connaît sa 7e année de croissance sans signe d’usure.
Une conjoncture qui permet au président Bill Clinton, réélu en novembre, de viser, avec le Congrès, l’équilibre budgétaire dans cinq ans.
Internet s’est imposé au monde et l’avance des technologies de l’information renforce la confiance.
Triomphalisme
dangereux
Le crime recule, les grosses voitures et le cigare reviennent, les restaurants new-yorkais ou californiens sont bondés. La fierté passe par la gloire mondiale de Michaël Jordan ou de Tiger Woods. Même Miss Univers est américaine cette année.
«Les Etats-Unis, modèles pour le monde», déclare la représentante américaine pour le commerce Charlene Barshefsky.
Pour Dani Rodrik, spécialiste d’économie internationale à la Kennedy School of Gouvernement de Harvard, «ce triomphalisme est dangereux».
Les électeurs britanniques et français viennent de rejeter le modèle libérale à l’Américaine. «Nos amis européens n’aiment pas être sermonnés, l’idée d’un modèle unique est une erreur», reconnaît un responsable de l’administration.
«Hier c’était le Japon, aujourd’hui ce sont les Etats-Unis, demain si la monnaie unique réussit avec une clause sociale on parlera d’un modèle européen au potentiel d’ailleurs plus vaste», dit à l’AFP M. Rodrik.
Le Japon, principale source mondiale de capitaux, risque de revenir vite: sa croissance est plus rapide, ses excédents redécollent et les restructurations y sont plus agressives qu’en Europe.
L’autosatisfaction «empêche aussi de nous attaquer aux nombreux problèmes restants» aux Etats-Unis, dit M. Rodrik.
Aux Etats-Unis, les patrons gagnent mille fois plus que leurs ouvriers, qui travaillent plus qu’au Japon. La précarité impose souvent plusieurs petits jobs.
19% de la population vit sous le seuil de pauvreté. 47 millions d’Américains n’ont aucune assurance maladie, l’espérance de vie est la plus faible des pays riches. Les études sont hors de prix, la qualité de l’éducation régresse comme l’ensemble des services publics. Après la drogue, les armes à feu sont entrées dans les cours de récréation. Le «Melting pot» ne mélange plus une société pessimiste sur ses relations raciales.

