Le thème du rassemblement organisé du 23 au 29 juin par la Conférence des Eglises européennes et le Conseil des conférences épiscopales européennes, «la réconciliation», a été mis à mal dès avant son ouverture par l’annulation d’un sommet entre Alexis II, patriarche de Moscou et de toutes les Russies, et Jean-Paul II, prévu le 21 juin à Vienne.
La première rencontre depuis le grand schisme d’Orient de 1054 entre un chef de l’Eglise catholique et celui de la plus importante Eglise orthodoxe a été annulée à l’initiative de la partie orthodoxe. Alexis II a fait porter sur le Vatican la responsabilité de cet échec pour avoir retiré «au dernier moment» du projet de déclaration commune un paragraphe condamnant le prosélytisme catholique en terre orthodoxe.
Alexis II sera présent à Graz où il prononcera un discours lors de la séance d’ouverture, aux côtés notamment du cardinal Carlo Martini, archevêque de Milan, et de Karekine Ier, catholicos de l’Eglise apostolique arménienne.
L’autre chef spirituel du monde orthodoxe, le patriarche œcuménique Bartholomée, dont le siège est à Constantinople, avait annulé sa venue à l’annonce du possible sommet de Vienne. La participation de Bartholomée, qui avait été reçu par Jean-Paul II en 1995 à Rome, à cette rencontre entre Alexis II et Jean-Paul II n’était envisagée ni par le Vatican ni par Moscou.
Ces péripéties survenant entre des chefs religieux pourtant attachés au rapprochement entre Eglises chrétiennes à la veille du 3e millénaire — et auxquelles il faut ajouter le désistement de l’Eglise orthodoxe de Géorgie — traduisent bien les difficultés du dialogue œcuménique dans une Europe bouleversée par l’histoire récente.
Depuis le premier rassemblement œcuménique, qui avait eu lieu en juin 1989 à Bâle (Suisse), le «rideau de fer» qui divisait le continent a disparu. Mais «les divisions subsistent dans les cœurs et les têtes», souligne-t-on parmi les organisateurs, et la guerre dans l’ex-Yougoslavie a montré quel usage pouvait être fait des identités religieuses.
La déclaration finale de Graz devrait déplorer ces déchirements inter-chrétiens. Des tables rondes sont prévues sur «les problèmes interconfessionnels dans les Balkans» ou «les problèmes du prosélytisme en Russie».

