Le président russe devait afficher vendredi sa satisfaction, en posant pour la photo de famille du sommet des pays les plus industrialisés, convoqué jusqu’à dimanche dans la capitale du Colorado.
De fait, le chemin qu’il a parcouru est immense depuis sa première participation à un sommet du G7, à Munich en 1992. Boris Eltsine n’avait alors participé qu’à deux repas, en quémandeur d’une aide internationale pour son pays économiquement à genoux.
Ce week-end à Denver, le président russe sera un des membres à part entière du «Sommet des Huit» — le terme G7 est passé sous silence —.
Il ne sollicitera aucune subvention; il discutera au contraire de l’accession de la Russie au Club de Paris des pays créanciers.
Et les sherpas du Kremlin négocieront pendant ce temps l’entrée de Moscou dans d’autres enceintes prestigieuses: l’Organisation mondiale du commerce et l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Autant de témoignages des quelques progrès accomplis par la Russie vers la remise en ordre de son économie, notamment depuis l’arrivée au gouvernement en mars dernier d’une équipe de jeunes libéraux soutenus par M. Eltsine.
«Denver est une étape importante vers la formation d’un G8 à part entière, et vers une coopération sur un pied d’égalité entre la Russie et les pays les plus industrialisés», estimait récemment Vadim Loukov, haut diplomate russe chargé de préparer le sommet.
Un «G8 moins 1»
Certes, sur l’insistance du Japon, M. Eltsine demeure exclu des discussions économiques et financières à Denver. Mais le Kremlin ne veut y voir qu’une survivance de l’ancien système du G7, ou mieux, selon l’astucieuse trouvaille sémantique russe, un «G8 moins 1».
Ces subtilités ne doivent cependant pas faire oublier qu’à Denver, Boris Eltsine sera surtout récompensé pour s’être finalement résolu à l’élargissement de l’OTAN en Europe de l’Est.
«C’est une sorte de compensation, de marché, en échange de l’élargissement de l’Alliance qui constitue un coup très dur pour la Russie», note Sergueï Markov, de l’antenne moscovite de la fondation Carnegie.
Les analystes russes sont de même assez perplexes sur les gains réels que Moscou retirerait d’une adhésion à part entière au G7. «Formellement, le G7 sera peut-être élargi en G8. Mais dans les faits, ce sera comme avec l’OTAN: les décisions se prendront sans tenir compte de l’opinion russe», pronostique M. Markov.
«Eltsine pourra dire ce qu’il voudra, personne ne l’écoutera. Dans cette enceinte, on n’écoute que celui qui a une économie puissante derrière lui, et la nôtre est dans un état catastrophique», renchérit Viktor Kremeniouk, vice-directeur de l’Institut chargé des relations avec les Etats-Unis et le Canada.
En rejoignant le G7, la Russie pourrait même perdre la principale carte qui lui reste à monnayer, selon cet analyste: sa liberté de choisir entre l’alliance avec l’Occident, ou un rapprochement avec l’Asie (Iran, Chine, Inde) vers lequel Moscou a beaucoup œuvré ces derniers mois.

