«La politique américaine doit anticiper cette tension et prendre des mesures pour la réduire», estime Douglas Paal, président du centre de recherches Asia Policy Center à Washington et ancien membre du Conseil national de sécurité sous les deux précédents présidents républicains.
Moins de deux semaines avant le retour officiel de Hong-Kong à la Chine, le 1er juillet, Taïwan a programmé des manœuvres militaires les 23 et 24 juin. Le ministre taïwanais des Affaires étrangères, John Chang, effectue par ailleurs une visite de neuf jours aux Etats-Unis, dont Washington s’est empressé de souligner le caractère «non officiel» pour ne pas irriter la Chine.
Le département d’Etat a assuré que la proximité de cette visite avec les cérémonies de Hong-Kong était une pure «coïncidence» et a appelé Pékin et Taïpei à éviter les provocations militaires dans cette période délicate.
Les spécialistes américains des affaires asiatiques voient dans ces décisions de Taïpei un double objectif: détourner l’attention d’une opinion publique mécontente de la montée de la criminalité et faire savoir que l’intégration de Hong-Kong à la Chine selon le principe «un pays, deux systèmes», n’était pas applicable à Taïwan.
Les dirigeants chinois, qui ont promis de ne pas toucher à l’autonomie de Hong-Kong ni à son économie capitaliste pendant 50 ans, espèrent en effet qu’une transition en douceur dans l’ancienne colonie britannique pourrait inciter Taïwan, toujours considérée par Pékin comme une province dissidente, à rejoindre pacifiquement le giron chinois.
«Pékin doit bien gérer Hong-Kong, faute de quoi il risque de perdre le soutien de la communauté internationale à sa volonté de réunifier Taïwan pacifiquement», estime M. Paal.
Washington et Taïpei ont d’ailleurs un intérêt convergent au maintien de la stabilité dans le territoire britannique, où ils ont investi chacun plusieurs milliards de dollars, rappellent les analystes.
Les Etats-Unis, qui entretiennent des relations «non officielles» avec l’île nationaliste, se sont engagés à défendre la sécurité de Taïwan dans le cadre d’une «loi sur les relations avec Taïwan» votée en 1979. En mars 1996, le Pentagone avait ainsi envoyé des navires de guerre au large de Taïwan, lorsque la Chine avait procédé à des tirs de missiles dans le détroit de Formose pendant l’élection présidentielle sur l’île, pour mettre en garde contre toute velléité indépendantiste.
«La politique américaine, qui reconnaît une seule Chine et souhaite que la réunification pacifique du pays soit gérée par les Chinois eux-mêmes, a plutôt bien fonctionné pour tous les intéressés», estime Kenneth Lieberthal, sinologue à l’université Ann Arbor (Michigan).
«S’il existe une politique supérieure en termes de maintien de la paix, de la stabilité et de la sécurité en Asie du Sud-Est, je n’en ai jamais entendu parler», ajoute-t-il.
Toutefois, pour Robert Manning, spécialiste de l’Asie à Ann Arbor (Michigan), Washington devrait inventer une «diplomatie américaine innovatrice» pour amener Pékin et Taïpei à une «nouvelle compréhension».
«Taïwan est un gouvernement séparé, autonome et ils veulent que cela soit officiellement reconnu», explique l’enseignant. «Nous devons trouver un moyen de leur permettre d’avoir un espace politique sur la scène internationale, ce qui ne passe pas forcément par l’indépendance».

