Réunis à Amsterdam pour préparer l’élargissement de l’UE vers l’Est, les dirigeants européens ont entériné le compromis auquel étaient parvenus un peu plus tôt les ministres des Finances des Quinze pour ajouter un volet économique et social à ce corset.
«Il s’agit de montrer aux citoyens que ce n’est pas seulement l’Europe de l’emploi», a déclaré le premier ministre néerlandais Wim Kok, dont le pays préside actuellement l’Union.
Même si tous les malentendus entre Paris et Bonn n’ont pas été dissipés et risquent de resurgir dans les prochains mois, l’incertitude née de la demande du nouveau gouvernement socialiste de réorienter la construction européenne prend ainsi fin, sauvegardant le projet de monnaie unique.
«L’enjeu est trop important pour que qui que ce soit prenne le risque de le compromettre», a estimé le commissaire européen aux Affaires monétaires, Yves-Thibault de Silguy.
«Pas une virgule»
A l’arrivée, Paris et Bonn ont mis de l’eau dans leur vin et le compromis est jugé équilibré, jusque dans l’affichage. Les deux résolutions — sur le pacte et sur l’emploi — ont été symboliquement fusionnées en un seul texte sous un chapeau commun, même si elles restent séparées.
«Il n’y a que des gagnants dans cette affaire, il n’y a pas de perdants», a souligné le ministre néerlandais de l’Economie, Gerrit Zalm.
L’Allemagne, qui refuse d’échanger son mark contre un euro affaibli par des pays laxistes en matière de discipline budgétaire, a obtenu que le pacte de stabilité adopté il y a six mois soit entériné sans changement, même mineur. «Pas une virgule, pas un point», a martelé Theo Waigel, le ministre allemand des Finances.
Le pacte prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à 0,5% du PIB contre les membres de l’euro coupables de dérapage budgétaire.
Mais une résolution y sera annexée pour répondre aux revendications exprimées par le nouveau gouvernement français.
«Nous avons fait un premier pas qui me paraît assez indispensable pour que l’Union monétaire puisse fonctionner, c’est la création d’un pôle économique», a déclaré le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn. «Nous avons fait un pas décisif dans le rééquilibrage de cette mécanique qui entrera en œuvre le 1er janvier 1999».
«Il est impératif de donner une nouvelle impulsion pour maintenir fermement l’emploi au sommet de l’agenda politique de l’Union», affirme la résolution sur l’emploi.
Ce texte prévoit une meilleure coordination des politiques économiques et sociales, conformément aux articles 102a et 103 du traité de Maastricht, dont les potentialités n’ont pas vraiment été utilisées jusqu’ici par une Union européenne soucieuse avant tout de l’aspect monétaire de l’UEM.
Les Quinze en espèrent une stimulation de la croissance et un meilleur pilotage économique de la monnaie unique pour promouvoir l’emploi, sans affecter l’indépendance de la future Banque centrale européenne bâtie sur le modèle de la Bundesbank.
Un pôle économique
Sans constituer le «gouvernement économique» de la monnaie unique souhaité de longue date par la France, Paris peut considérer qu’une sorte de «pôle économique» émerge aux côtés du pôle monétaire.
La résolution rappelle que les différents sommets ont mis en place une procédure de surveillance de l’emploi dans les Etats membres, tout en rappelant que la «responsabilité première de la lutte contre le chômage reste dans (leurs) mains».
Le seul aspect novateur est la mise à contribution du «trésor de guerre» de la Banque européenne d’investissement (BFI) constitué grâce aux bénéfices réalisés sur les marchés — un milliard d’écus — pour bonifier des prêts accordés aux petites et moyennes entreprises créatrices d’emploi, particulièrement dans le secteur des hautes technologies.
Des projets de financement dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’environnement et de l’urbanisme pourront être financés et la BFI devra «examiner la possibilité» de contribuer davantage aux grands travaux, bloqués depuis leur lancement en grande pompe en 1993.
Un sommet consacré à l’emploi se tiendra à l’automne. C’est à cette date ou à la fin de l’année qu’il faudra juger le résultat des efforts menés par la France et les pays qui souhaitent une construction européenne plus sociale.


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