L’indépendance de l’Inde — joyau de la couronne — avait sonné le glas de l’aventure coloniale, à son paroxysme sous le règne de Victoria. Le chapitre se referme avec la rétrocession de la dernière colonie asiatique.
C’est d’autant plus vrai que trois des dernières dépendances sont désertes ou quasi inhabitées (les territoires britanniques de l’Antarctique; de l’océan Indien; la Géorgie du Sud, ancien comptoir pour la chasse à la baleine). Le peuplement des dix autres est modeste. Après le retour dans le giron de Pékin des 6,5 millions de sujets chinois d’Elizabeth II, ne resteront plus que 180.000 âmes «sous dépendance». Soit guère davantage que la population de l’île de Wight.
Le statut de nombre d’entre eux s’est trouvé affecté par le transfert de souveraineté à Hong Kong. Soucieuse d’éviter un afflux massif de réfugiés chinois, la Chambre des Communes avait modifié en 1981 la loi sur la nationalité. La mesure a du même coup privé de leur pleine citoyenneté les Britanniques d’outre-mer tels les «Saints», habitants de Sainte-Hélène, désormais obligés de solliciter un permis pour séjourner et travailler à Londres ou Birmingham.
D’autres en revanche ont bénéficié de l’opération. C’est le cas des paradis touristiques et fiscaux, à l’instar des Bermudes, qui ont ouvert leurs bras et leurs coffres aux sociétés hongkongaises soucieuses de se prémunir contre toute tentative de mainmise chinoise à compter de 1997. Un autre gagnant a été le gouvernement des îles Turks et Caïmans, qui a délivré moyennant finance les passeports recherchés en guise d’assurance tout-risque par divers tycoons et «yacht-people», riches mais insuffisamment pour acquérir la nationalité américaine, canadienne ou australienne.
Le Foreign Office souligne volontiers que la plupart des treize territoires bénéficient d’un large degré d’autonomie, de subsides conséquents, et d’une histoire relativement paisible.
C’est compter sans la contestation par les Argentins de la souveraineté de Londres sur l’archipel des Malouines — qui ont fait l’objet d’une guerre-éclair et à bien des égards anachroniques, en 1982, et connaissent depuis lors un spectaculaire boom économique — ou encore sans la revendication formulée par les Espagnols sur le rocher de Gibraltar, cédé aux Anglais aux termes du traité d’Utrecht, en 1714.
Le lien avec la métropole est relativement assuré, en dehors des velléités d’indépendance récurrentes aux Bermudes, où un référendum a toutefois rejeté l’idée d’un divorce par 3 voix contre une, en 1995.
Le problème de police le plus sérieux se pose d’évidence dans les quatre territoires des Caraïbes (Iles Vierges britanniques découvertes par Christophe Colomb, les trois îles Caïmans, Montserrat, les îles Turks et Caicos). En ce qui les concerne, l’aide métropolitaine inclut une contribution à la lutte contre les trafics de drogue et le blanchiment de l’argent sale.
Les 6.000 «Saints» pour leur part n’ont guère défrayé la chronique depuis la mort de Napoléon en exil sur leur îlot en 1821. Et en dépit d’un mal-être évident traduit par «la fuite des cerveaux» — instituteurs et infirmières — vers les Malouines, le gouverneur attribue à «des éléments isolés» le récent incendie volontaire de l’unique camion de la police et la démission de deux des cinq membres du gouvernement local qui ont dénoncé par écrit à la reine «leur mise en esclavage politique et économique».
Quant à l’envoi d’un policier de la métropole dans l’île océanique de Pitcairn, vivant essentiellement de revenus philatéliques, il relève surtout du folklore. Il a pour mission de veiller à l’harmonie chez les 48 descendants des mutins du HMS Bounty et de leurs compagnes tahitiennes, débarqués sur place en 1789, et de réglementer la détention des armes à feu longtemps utilisées pour la cueillette des fruits et la chasse aux requins.

