«Le Comité international de médiation a constaté qu’il n’est pas arrivé pour le moment à départager les parties concernées sur un certain nombre de propositions qui lui paraissent susceptibles de promouvoir un climat de dialogue et de concertation en vue de mettre fin à cette crise», indique une brève déclaration lue à la fin de ces consultations, menées dans le «Salon des Ambassadeurs» du palais présidentiel de Libreville.
Même si la déclaration affirme que le comité «reste saisi» de cette question et «entend continuer à déployer tous les efforts nécessaires pour parvenir à un règlement pacifique de la crise congolaise», aucune prochaine rencontre ni aucune nouvelle initiative n’a été annoncée.
En outre, malgré le programme prévu, à aucun moment il n’y a eu contact direct et face à face entre les représentants du président congolais Pascal Lissouba et ceux de l’ancien président Denis Sassou Nguesso, dont les partisans s’affrontent les armes à la main depuis le 5 juin dans les rues de Brazzaville.
La déception était visible chez de nombreux participants pour qui ce constat d’échec mettait fin à tout espoir d’une cessation rapide des affrontements armés dans la capitale congolaise, d’autant qu’étaient déjà parvenues à Libreville les informations faisant état autour de l’aéroport de Brazzaville d’une reprise des échanges de tirs de roquettes et d’obus de mortiers entre les belligérants, alors que l’armée française commençait son retrait.
Beaucoup craignent que le départ des soldats français venus assurer l’évacuation des ressortissants étrangers ne soit le prélude à une reprise violente des affrontements, et un des objectifs de la médiation de Libreville était d’amener les protagonistes à accepter la présence d’une force d’interposition.
Palabres
Le président gabonais Omar Bongo, qui avait pris l’initiative de cette médiation, a quitté la salle de réunion entouré des chefs d’Etat auxquels il avait demandé d’appuyer ses efforts, sans faire de déclaration et avant même la lecture du communiqué final.
Véritable exemple de la palabre africaine traditionnelle, où les «sages» écoutent les points de vue des plaignants avant d’essayer de les mettre d’accord, la réunion avait commencé par des discussions entre le président Bongo et les chefs d’Etat et les représentants des pays avec qui il a formé un Comité international de médiation: Ange-Félix Patassé de Centrafrique, Idriss Deby du Tchad, Alpha Oumar Konaré du Mali, le premier ministre de Guinée équatoriale Angel Serafin Seriche Dungan, les ministres des Affaires étrangères du Sénégal Moustapha Niasse et du Cameroun Ferdinand Oyono, l’ancien président Emile Derlin Zinsou du Bénin, conseiller politique du président Mathieu Kerekou.
M. Bongo était assisté de plusieurs de ses ministres et de l’envoyé spécial de l’OUA et de l’ONU pour la région des Grands Lacs, M. Mohamed Sahnoun, vieux routier des médiations difficiles, notamment celle déjà menée en août 1993 par le président Bongo pour mettre fin à la crise violente qui secouait alors le Congo.
Les ambassadeurs des quatre pays membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU accrédités à Libreville (Chine, Etats-Unis, France et Russie) ainsi que le délégué de l’Union européenne étaient présents pendant la plus grande partie de la réunion, mais ils n’ont pas assisté aux entretiens avec les parties congolaises.
Le Comité international a d’abord entendu pendant deux heures les représentants du Comité congolais de médiation, dont la proposition en sept points devait servir de base à un cessez-le-feu et à une première normalisation de la situation.
Puis il a entendu les représentants des belligérants, chacun pendant environ deux heures, avant de se concerter et, après une pause, de recommencer à écouter les représentants de l’ancien président Sassou Nguesso.
Les délégations des deux parties en conflit ont quitté le palais présidentiel sans faire de commentaires.

