Relancé en 1994, le marché avait connu en 1996 une croissance vertigineuse avec la multiplication des privatisations (87% de sa capitalisation à la mi-1996). Attirés par les gains et la propagande gouvernementale, les petits porteurs avaient commencé d’affluer, lorsque la baisse est brutalement arrivée fin février.
«Les femmes étaient impressionnées par le prestige nouveau de leurs «petits investisseurs» de maris. Tous ont découvert qu’ils n’avaient rien gagné et se sont faits traiter par les officiels d’«investisseurs sans expérience»», ironise le quotidien gouvernemental anglophone Egyptian Gazette.
L’indice a reculé de plus de 20% depuis fin février, après une hausse supérieure à 40% en janvier-février. «La baisse a été décidée et pilotée par des professionnels», note un analyste européen sous couvert de l’anonymat. Le principal courtier contrôle un quart du marché, 75% des investisseurs sont des institutionnels notamment étrangers.
«Si le marché avait été livré à lui-même, ça aurait été le scénario noir car il n’est pas encore vraiment constitué», poursuit-il. «Il a dû y avoir un accord entre autorités et courtiers pour calmer l’enthousiasme du petit épargnant».
Les analystes restent sereins: «Le marché devait acquérir sa maturité» dit l’un, «il va bientôt se réveiller», estime l’autre.
Un troisième souligne que «l’Egypte sera intégrée d’ici peu dans les indices des banques ING-Barings et Morgan-Stanley et les «investibles» de la SFI», la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale, qui a déjà placé Le Caire dans son indice des marchés émergents.
«Tous ces indices sont suivis par les gestionnaires de fonds, cela fera affluer l’argent», insiste-t-il.
Le vice-président de l’Autorité des marchés financiers Achraf Chamseddine souligne que «la valeur des échanges sur les cinq premiers mois de 1997 équivaut à celle de tout 1996», soit 10 milliards de livres (quelque trois milliards de dollars).
Le nombre de transactions a doublé, les données économiques fondamentales restent favorables: inflation maîtrisée, reprise de la croissance (+5% attendus cette année). «Le marché va peut-être continuer sa correction, cela ne me dérange pas du tout», ajoute-t-il.
Néanmoins, les privatisations, moteur du marché, «ont été, durant les cinq premiers mois de l’année, en retrait sur les objectifs et sur l’année précédente», relève Ahmed Heykal, d’EFG-Hermès, un des principaux courtiers.
Hormis quelques grosses ventes comme celle de 92% de Kabo (textile), le marché n’a été alimenté que par des participations minoritaires ou de petites entreprises peu attractives.
«La privatisation se poursuit au rythme d’une société par semaine», assure M. Chamseddine. «Mais les compagnies maintenant offertes sont destinées aux «actionnaires stratégiques»».
Sur les 314 compagnies publiques à vendre, les plus rentables ont en effet presque toutes été placées. Restent les entreprises souffrant de sureffectifs ou de difficultés de gestion, voire croulant sous les dettes. Mais les «actionnaires stratégiques» s’effraient souvent de l’opacité des bilans.
«Il faut que le gouvernement comprenne leurs angoisses, par exemple sur d’éventuels problèmes fiscaux après la vente. Mais la bureaucratie et la centralisation bloquent tout», relève un analyste.
En bourse, les courtiers tablent d’ici à la fin 1997 sur la vente du complexe de Nag Hammadi (aluminium), d’une banque et de la société gérant le téléphone mobile.

