Les partisans de M. Sassou Nguesso ont accusé les «lissoubistes» de se livrer à une «épuration ethnique dans les quartiers qu’ils contrôlent».
Le terme était apparu pour la première fois au Congo lors des violences qui avaient suivi la contestation par l’opposition des résultats des élections législatives de 1993. Ces combats avaient entraîné d’importants transferts de population à l’intérieur même de cette capitale d’un million d’habitants.
Alors que les milices des partis politiques s’affrontaient les armes à la main, beaucoup d’habitants avaient en effet préféré se réinstaller dans un quartier où ils étaient assurés de se trouver auprès de gens de la même origine ethnique.
Le même phénomène s’est reproduit ces derniers jours. Depuis l’éclatement des combats jeudi dernier, plusieurs témoignages ont fait état de longues files d’habitants, chargés de bagages, se déplaçant le long des rues.
Le calme relatif qui règne, selon des recoupements, dans le quartier de Bacongo, à la périphérie sud-ouest de la ville, vient confirmer cette impression.
Peuplé majoritairement de Lari, originaires de la région du Pool, au nord de la capitale et le long du fleuve Congo, ce quartier est le fief de Bernard Kolélas, le maire de Brazzaville et un des leaders de l’opposition.
Sa milice, surnommée les Ninjas, avait été le principal acteur des combats de 1993 et de début 1994 contre les forces fidèles au président Lissouba, les Zoulous.
Les Ninjas de M. Kolélas ne semblent avoir pris aucune part dans les combats actuels et le maire de Brazzaville a pris la tête d’un Comité de médiation qui s’efforce de parvenir à une cessation des hostilités entre le président actuel et son prédécesseur.
Places fortes
Comme M. Kolélas, le président Lissouba est originaire du sud du pays, mais de la région de la Niari, à l’ouest de la capitale. Membre de l’ethnie Zambi, sa base électorale est constituée essentiellement des Bamembe, qui occupent la région voisine de la Bouenza.
Longtemps unie contre «les gens du nord», qui ont donné au pays trois présidents à l’époque du parti unique, Marien Ngouabi, Jochim Yhombi Opango et Denis Sassou Nguesso, l’alliance des «sudistes» s’est fissurée à partir de la Conférence nationale de 1991 et a éclaté en 1993.
Les Bamembe reprochaient à leurs anciens alliés de se rapprocher du Parti congolais du travail (PCT), l’ancien parti unique de Sassou Nguesso pour s’emparer du pouvoir.
Les quartiers de Makele-kele et de M’Filou sont alors devenus de véritables places fortes des «NiBoLek», néologisme désignant les personnes originaires des trois régions du Niari, de la Bouenza et de Lékomou, et partisans de Pascal Lissouba.
Les gens du sud constituent la majorité de la population de Brazzaville. Ceux du nord, en particulier les Mbochi auxquels appartient M. Sassou Nguesso, sont «descendus» plus tardivement sur la capitale, à la faveur des présidences «nordistes».
Outre le quartier de M’Pila, où était située la résidence de l’ancien président et où ont commencé les affrontements, ils sont majoritaires dans ceux de Ouenze et de Talangaï, tous situés dans le nord-est de la capitale.
Ce sont ces quartiers qui ont été particulièrement visés par les lance-roquettes multitubes BM-21 de fabrication soviétique des forces gouvernementales aux premiers jours des affrontements.

