La position française faisait mardi la une de l’ensemble de la presse européenne, pour qui elle relance les incertitudes sur le devenir de la politique monétaire commune, même si Paris a pris grand soin devant ses partenaires à Luxembourg de ne pas en remettre en cause les fondements.
Les quatorze partenaires de la France, notamment l’Allemagne, ont souhaité que ce pacte soit adopté au prochain sommet européen la semaine prochaine à Amsterdam.
La situation créée n’est donc pas de très bon augure pour les débuts du dialogue Kohl-Jospin.
Ce sera «le début d’une opération vérité», a d’ailleurs déclaré mardi matin Pierre Moscovici le ministre chargé des Affaires européennes, un proche de Lionel Jospin, en rappelant que s’il y a «eu un changement de majorité» en France, «c’est pour changer de politique».
Paris réclame à ses partenaires de l’UE l’inclusion d’un volet social dans le traité de Maastricht, et souhaite introduire un contrepoids politique à la toute puissante future banque centrale européenne qui gérera la monnaie unique. Beaucoup ont manifesté leur compréhension, mais craignent que la moindre réouverture du traité de Maastricht ne remette en cause son ensemble et fasse dérailler la politique monétaire européenne.
Les dirigeants européens vont se succéder à Paris au cours des deux prochains jours pour tenter de faire revenir M. Jospin sur sa décision.
Le premier d’entre eux, arrivé mardi après midi est le président en exercice de l’UE, le Néerlandais Wim Wok qui devait être reçu tant par le président Jacques Chirac que par M. Jospin. Il sera suivi par le premier ministre britannique Tony Blair, puis jeudi par le président de la commission européenne Jacques Santer, avant le sommet franco-allemand vendredi à Poitiers, une ville au passé déjà chargé d’histoire.
A tous les dirigeants européens, M. Moscovici a répondu d’avance mardi en réitérant la position française. La France, a-t-il indiqué, ne cédera pas aux pressions de ses partenaires pour adopter le pacte de stabilité budgétaire au sommet d’Amsterdam les 16 et 17 juin.
M. Moscovici a souligné que les consultations avec les partenaires européens de la France étaient «très utiles. Mais, a-t-il ajouté, je crois quand même que dans notre esprit les choses sont assez claires».
Les milieux financiers qui avaient accueilli avec bienveillance l’arrivée au pouvoir de la gauche en France, ont accusé le coup lundi et restaient déprimés mardi, l’initiative française relançant l’idée d’un report de la monnaie unique voire d’un abandon.
La bourse de Paris cédait à nouveau du terrain, son indice vedette le CAC40 affichant une perte de 1,14% à 2.655,52 points en fin de matinée après avoir reculé de 1,22% la veille.

