L’alliance du Fianna Fail (centre droit) de M. Ahern et des Démocrates-Progressistes (droite) a remporté les élections avec 81 sièges, manquant d’un cheveu la majorité absolue (84 sièges) du Parlement, selon les résultats définitifs centralisés par la radio-télévision irlandaise RTE.
John Bruton, le premier ministre de la coalition de centre-gauche sortante, a concédé que l’alliance conduite par M. Ahern a «les meilleures chances» de former le prochain gouvernement lorsque le 28e Dail (Parlement) de la République d’Irlande se réunira le 26 juin.
La coalition tripartite «Arc-en-ciel» de M. Bruton n’a obtenu que 75 sièges, soit une perte de 9 sièges par rapport au Dail sortant. Une perte essentiellement due à l’écroulement du Labour du vice-premier ministre Dick Spring (17 députés contre 32 sortants). Le Fine Gael (centre-droit) de John Bruton a, pour sa part, bien figuré, gagnant 8 sièges et passant à 54.
Bertie Ahern a dès lundi engagé des consultations avec des élus indépendants pour s’assurer leur soutien au Dail. L’alliance Fianna Fail-Démocrates Progressistes n’aurait besoin que de trois appuis, et n’aura pas de mal à les garantir, estiment les commentateurs, puisque quatre des sept députés indépendants sont naturellement proches du Fianna Fail, voire en sont des anciens membres.
«Instinctivement»
nationaliste
Cette option paraissait totalement hors de portée pour la coalition de John Bruton, en particulier parce que les Verts (deux sièges) n’ont pas réalisé la percée prévue par les sondages, et seront trop faibles au Dail pour constituer une force d’appoint.
Le Labour a affirmé que la nouvelle coalition, morcelée entre deux partis et quelques députés individuels, devrait éclater rapidement. Il a prédit de nouvelles élections générales anticipées d’ici un an.
M. Ahern a affirmé immédiatement que la relance du processus de paix en Irlande du Nord serait une de ses «grandes priorités». Il s’est engagé à rencontrer dans ce but le leader du Sinn Fein (aile politique de l’IRA) Gerry Adams, dès cette semaine.
Mais, conformément à la ligne actuelle de Dublin, il ne poursuivra pas ce dialogue une fois devenu Taoiseach (premier ministre), du moins pas avant un cessez-le-feu de l’IRA.
M. Ahern a aussi promis qu’il ne sollicitera pas au Dail l’appui de Caoimhghin O Caolain, le premier député du Sinn Fein élu au Parlement irlandais depuis 17 ans, et qui a confirmé une série de succès électoraux à Londres, Belfast et désormais Dublin.
Le Fianna Fail est le plus «instinctivement» nationaliste des grands partis irlandais, et une administration Ahern pourrait annoncer une implication accrue de Dublin dans le processus de paix, ainsi qu’une oreille plus attentive aux partis nationalistes (pro-réunification) d’Ulster, au risque de braquer les unionistes protestants à Belfast.
Une administration Ahern ne devrait apporter aucune rupture majeure dans les grandes lignes d’action par rapport au gouvernement Bruton, en raison de priorités similaires affichées pendant la campagne: intégration européenne (adhésion à l’UEM dès la première vague), réduction d’impôts, lutte contre le chômage et lutte contre la criminalité.

