Certains habitants sont heureux de cette évolution et espèrent qu’elle va mettre fin à la guerre des clans. D’autres s’en inquiètent et redoutent que la Somalie, peuplée de musulmans en majorité sunnites, soit prise en main par des fondamentalistes à l’image des Taliban d’Afghanistan.
Dans le nord de la capitale, des tribunaux islamiques, doté d’une police et de milices, ont été mis en place dès 1994. Lorsqu’ils avaient commencé à fouetter, couper des mains ou exécuter des condamnés, les crimes et le banditisme avaient immédiatement diminué.
L’année dernière cependant, une querelle a opposé le «chef de guerre» maître du nord de Mogadiscio, Ali Mahdi Mohamed, au président des cours islamiques, cheikh Ali, considéré comme trop ambitieux.
«Il s’intéressait trop à la politique», a déclaré un adjoint d’Ali Mahdi.
Cheikh Ali est donc allé en novembre en pèlerinage en Arabie Séoudite, d’où il n’est pas revenu. Les tribunaux ont été «remaniés» et, après quelques mois de suspension, ont repris les audiences le 11 mars et recommencé à couper des mains le mois dernier.
Entre-temps, le nord de la ville a perdu de sa tranquillité. Les armes pullulent et les amputations au nom de la loi d’Allah n’ont pas mis fin aux activités des jeunes voleurs.
De plus, une association de défense des droits de l’homme s’indigne contre la manière expéditive et barbare dont sont menés procès et exécutions.
Dans le sud de la ville, le général Mohamed Farah Aïdid, décédé en août dernier et remplacé par son fils Hussein, avait annoncé peu avant sa mort l’instauration de la loi islamique.
Cela n’a jamais eu lieu mais, paradoxalement, c’est dans le sud que sont basés des groupes fondamentalistes, tels que «Al-Itihad», interdits dans le nord pour cause de «terrorisme».
«Ils ont beaucoup d’activités sociales, donnent à manger aux pauvres, qui sont très nombreux, ou aident par exemple les veuves, à condition qu’elles portent le voile islamique», déclare une jeune femme membre d’une association féminine.
Une de ses amies a voulu participer à une réunion organisée par un de ces groupes. «Ils lui ont demandé d’aller s’asseoir au fond, elle n’avait pas droit à la parole», s’est-elle indignée.
La plupart des Somaliennes continuent de porter leurs foulards légers et très colorés, souplement enroulés ou juste posés sur leurs cheveux. Mais d’autres, de plus en plus nombreuses, portent d’austères voiles épais, verts foncés, marron ou noirs. Certaines ne laissent voir que leurs yeux.
A l’école privée Imam al-Shaffi, réputée pour être la meilleure du sud de la ville, les filles, comme leurs maîtresses, ont toutes la tête serrée dans leur voile qui ne laisse s’échapper aucun cheveu.
«Je buvais de la bière et je mâchais le khat (plante euphorisante), mais maintenant je suis un bon musulman», affirme Abdullaï, ancien milicien devenu «tabliq» (celui qui porte le message d’Allah). «Je suis riche et je prie cinq fois par jour», poursuit-il, fier d’avoir laissé de côté son fusil au profit d’une piété qu’il recommande à tous.

