BRUXELLES, 8 Juin (Reuter) — Ballottée par le changement de cap politique en France et la cacophonie en Allemagne, la monnaie unique subira lundi un test de crédibilité lors de la réunion mensuelle des ministres des Finances des Quinze.
La rencontre de Luxembourg, précédée d’un dîner dimanche soir, aurait dû être consacrée à la seule préparation des détails techniques de l’Union économique et monétaire (UEM).
Les Quinze doivent notamment sélectionner trois dessins de pièces parmi lesquels les dirigeants européens feront leur choix le 17 juin à Amsterdam et peaufiner les derniers détails du pacte de stabilité dudgétaire pour les membres de l’euro.
Ils s’en tiendront à cet ordre du jour dans l’espoir de démontrer que «ce qui s’est passé en France et en Allemagne constitue une tempête dans un verre d’eau», selon un diplomate.
Mais la victoire socialiste en France et la polémique entre le gouvernement allemand et la Bundesbank sur la réévaluation des réserves d’or ont bouleversé la donne.
«Ce Conseil devra obsorber les chocs et les étincelles de ces dernières semaines», a déclaré un diplomate de haut rang.
Que veut réellement le nouveau gouvernement socialiste? Le gouvernement allemand, qui a dû renoncer à utiliser la réévaluation des stocks d’or pour réduire son déficit public en 1997, parviendra-t-il à trouver d’autres recettes?
Les réponses qui seront apportées à cette question décideront du sort de l’UEM, dans la mesure où un euro sans l’Allemagne ou la France est inconcevable.
Quelques jours
Le brouillard est total en ce qui concerne les intentions de la France: si le nouveau ministre des Affaires européennes, Pierre Moscovici, a laissé entendre que l’on y verrait plus clair lundi, le premier ministre Lionel Jospin a annoncé qu’il faudrait attendre «quelques jours ou quelques semaines».
Une chose est sûre: les partenaires de la France ne prennent pas vraiment au sérieux certaines revendications exprimées pendant la campagne, comme la renégociation du pacte de stabilité qui impose de lourdes amendes aux membres de l’euro qui laissent déraper leurs déficits au-delà de 3,0% du PIB.
«Dans la chaleur de la campagne électorale, il y a des choses qui sont dites», a ironisé vendredi, sourire aux lèvres, une porte-parole de la présidence néerlandaise de l’UE, soulignant qu’aucune demande n’avait été formulée.
Du reste, a-t-il ajouté, ce texte fait l’objet d’un accord.
Les déclarations extrêmement prudentes du gouvernement français tendent à démontrer que Lionel Jospin a pris la mesure de la difficulté qu’il y aurait à rouvrir la négociation.
Du reste, François Villeroy de Galhau, directeur de cabinet du ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn, est bien placé pour savoir qu’il s’agirait d’un casus belli pour Bonn, ce pacte étant construit pour rassurer l’opinion publique allemande.
«Si les Français examinent sérieusement le pacte, ils verront qu’il y a beaucoup de choses positives», a expliqué un expert d’une banque centrale, évoquant notamment la non-automaticité de sanctions en cas de dérapage budgétaire.
En revanche, les autres revendications françaises gagnent du terrain sous le double effet du virage à gauche de l’Europe et des difficultés budgétaires éprouvées par l’Allemagne pour parvenir au seuil fatidique des 3,0% du PIB pour le déficit.
«On se réjouira du malheur allemand», souligne un diplomate.
Si l’Allemagne ne parvient pas à réduire à temps son déficit, la plupart des demandes françaises pourront être plus aisément acceptées par une Allemagne moins orthodoxe.
Un report de l’échéance étant exclu par les plus hautes autorités françaises et allemandes, ces difficultés pourraient ainsi ouvrir la porte à l’intégration de l’Italie et de l’Espagne dans le peloton de tête de la monnaie unique grâce à une interprétation «en tendance» des critères de Maastricht.

