L’envoi de cette délégation entre dans le cadre des démarches entreprises par la junte pour briser son isolement diplomatique et retarder, voire annuler, une nouvelle intervention militaire étrangère pour restaurer le gouvernement civil renversé le 25 mai.
Conduite par l’ancien ambassadeur de la Sierra Leone à Bruxelles Dauda Kamara, la délégation est composée de plusieurs officiers supérieurs et représentants de la rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF en armes depuis mars 1991).
Elle est «venue informer la Côte d’Ivoire de la situation en Sierra Leone» et des «motivations du coup d’Etat», indique-t-on de source ivoirienne.
La délégation pourrait éventuellement être entendue par le chef de l’Etat ivoirien, le président Henri Konan Bédié, ont estimé de bonnes sources.
Une autre délégation de la junte, qui s’était rendue dimanche dernier à Conakry, avait été reçue à la présidence guinéenne pendant trois heures «mais en l’absence du président Lansana Conté», selon des sources autorisées à Conakry.
Condamnée par l’ensemble de la communauté internationale, la junte n’a cessé de répéter qu’elle voulait éviter l’intervention étrangère militaire des forces ouest-africaines conduites par le Nigeria. Ces forces, déjà présentes en Sierra Leone, ont été considérablement renforcées ces derniers jours et compteraient maintenant de 3.500 à 4.000 hommes, principalement Nigérians, mais aussi Ghanéens et Guinéens.
Une solution
sous-régionale
Un début d’offensive nigériane lundi dernier avait fait environ 120 morts selon des sources médicales sur place et profondément traumatisé les populations de Freetown pilonnées lundi à l’aube par les canonnières nigérianes.
«Toute solution au problème sierra-léonais ne peut être que sous-régionale», affirmait-on dimanche de source diplomatique ivoirienne. «Tous les chefs d’Etat de la sous-région doivent être d’accord», insistait-on de même source.
Le Ghana, qui a dépêché plusieurs délégations dans la sous-région, dont l’une conduite par son vice-ministre des Affaires étrangères Victor Gbeho se trouve actuellement à Abuja, semble avoir adopté une position «douce» ou «modérée», selon les diplomates. Cette approche consiste à essayer par tous les moyens «pacifiques» de résoudre l’impasse actuelle en Sierra Leone où les militaires ne semblent pas avoir l’intention de remettre le pouvoir immédiatement, et encore moins de le restituer à Ahmad Tejan Kabbah, qu’ils accusent de tribalisme et qu’ils ont renversé après 14 mois de présidence.
La communauté internationale par la voix du secrétaire général des Nations Unies, le Ghanéen Kofi Annan et l’Organisation de l’unité africaine, réunie en sommet de Harare avaient la semaine dernière appelé la sous-région à «user de tous les moyens» pour renverser la junte et rétablir le gouvernement issu des élections démocratiques de mars 1996.
La communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui compte seize membres, avait créé en août 1990 sa propre force d’intervention, l’ECOMOG, principalement déployée à Monrovia et majoritairement dominée par des effectifs nigérians. Le Nigeria en assure également le commandement.
Sur les seize pays de la CEDEAO, cinq seulement ne sont pas dirigés par un militaire, ou un ancien militaire.


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