Le 30 août 1991, deux astronomes, David Jewitt, de l’université de Hawaii, et Jane Luu, de l’université de Californie, à Berkeley, découvraient, avec le télescope de 2,2 mètres de l’université de Hawaii, un astéroïde, 1992 QB1. C’était le premier objet du système solaire décelé au-delà de Neptune et de Pluton.
Depuis, un peu plus de 30 autres astéroïdes (ou planétoïdes) ont été découverts dans cette région, confirmant la théorie formulée en 1951 par l’astronome Gerard Kuiper.
Selon Kuiper, au-delà des orbites de Neptune et de Pluton, il doit exister une ceinture constituée des restes de la formation des planètes, des objets de la taille des astéroïdes gravitant entre Mars et Jupiter, trop peu denses pour avoir pu s’agglomérer et former des planètes, et peut-être composés de poussières, de glace et de gaz gelés, comme les noyaux des planètes.
Cette théorie réapparut au début des années 70, lorsque les simulations numériques apportèrent la preuve que les comètes de longue période, provenant du nuage d’Oort, structure sphérique entourant le système solaire, entre 20.000 et 50.000 unités astronomiques (une unité astronomique vaut 150 millions de km) au moins du soleil, et qui contiendrait quelque mille milliards de comètes, ne pouvaient être «capturées» par les planètes solaires géantes pour devenir des comètes de courte période.
Ainsi, les comètes de longue période et à l’orbite très inclinée par rapport à l’écliptique proviendraient du nuage d’Oort, les comètes à courte période et à l’orbite peu inclinée de la ceinture de Kuiper, disque qui s’étendrait de 30 à peut-être quelques centaines d’unités astronomiques. De là proviendraient aussi Pluton, Charon, son satellite, et l’un des satellites de Neptune, Tripton.
C’est un tel objet, 1996 TL66, que Luu, Brian Marsden, Jewitt et trois autres collègues viennent de découvrir. Contrairement aux 32 déjà découverts, ce petit nouveau, de 490 km de diamètre et 60.000 milliards de tonnes, au lieu d’avoir une orbite à peu près circulaire autour du soleil, en décrit une très elliptique et très inclinée par rapport à l’écliptique (23,9 degrés).
1996 TL66 a été découvert en étudiant un seul carré du ciel de 25 degrés de côté. Luu et ses collègues sont donc conduits à estimer statistiquement à 800 le nombre d’objets de ce type qui devraient être détectables, sur 6.400 qui devraient exister, à l’orbite inclinée de 0 à 30 degrés d’inclinaison.
Des planétoïdes à l’orbite très inclinée découverts ces dernières années et «perdus» depuis, tels 1994 JV, 1994 TH, 1995 GJ et 1996 KY1, pourraient appartenir à la même catégorie dynamique d’objets que 1996 TL66. Cette découverte, avance également l’équipe américaine, laisse penser que la nébuleuse qui a donné naissance au système solaire était beaucoup plus vaste qu’estimée jusqu’ici.

