La presse et les milieux d’affaires américains insistent sur le désaveu du président gaulliste Jacques Chirac, le refus par les Français du libéralisme et des réformes économiques et les risques de retard pour la monnaie unique européenne.
La Maison-Blanche s’est déclarée prête à travailler avec le nouveau premier ministre Lionel Jospin mais s’est refusée à se prononcer sur les conséquences pour les relations franco-américaines de l’éventuelle nomination de ministres communistes.
«Nous attendons la formation du gouvernement, notamment si les communistes y participeront», a commenté un responsable du département d’Etat ayant requis l’anonymat. «Et nous ne savons pas encore si cela aura un effet sur nos relations», a-t-il ajouté, avouant manquer d’informations sur la stratégie internationale de la nouvelle majorité en France.
Le secrétaire américain à la Défense, William Cohen, a fait savoir qu’il annulait un projet de visite en juin à Paris, mais le Pentagone a assuré que le résultat du scrutin français n’y était pour rien.
Pour Washington, «le plus pressant», après la victoire électorale de la gauche, est de voir comment Paris s’exprimera et agira sur l’OTAN, avait-on indiqué dimanche au département d’Etat.
Les Etats-Unis attendent de la nouvelle équipe de cohabitation au pouvoir en France un aperçu de la gestion qui sera faite des deux grands dossiers touchant l’Alliance atlantique: l’élargissement à l’Est de l’OTAN et l’éventuelle pleine réintégration de la France au sein de l’organisation atlantique.
La politique
africaine
Le département d’Etat relève que ces dossiers étaient traités à ce jour à l’Elysée et non pas pilotés par Matignon ou le Quai d’Orsay. Malgré l’imminence du sommet de l’OTAN à Madrid, en juillet, on s’attend à Washington à un certain immobilisme de Paris dans les prochaines semaines.
Certes les communistes ne font plus, comme en 1981, figure d’épouvantail sur les rives du Potomac et pour le «New York Times», le PCF «n’est plus le parti totalitaire qu’il était pendant la guerre froide». Mais de nombreuses questions subsistent à Washington sur le suivi des dossiers internationaux et M. Jospin est peu connu des dirigeants américains.
Le nouvel ambassadeur des Etats-Unis nommé à Paris par la Maison-Blanche — en attente de sa confirmation par le Sénat —, Felix Rohatyn, a, lui, cotoyé les dirigeants socialistes français dans les années 80 et devrait être un des principaux relais.
Avec les socialistes français, les Américains ne distinguent guère de différence d’approche avec l’ancienne majorité sur les relations à entretenir avec l’Iran, l’Irak, ou encore les sanctions à l’encontre de Cuba.
Une interrogation demeure toutefois concernant la politique africaine de la France: M. Jospin a été très critique des positions françaises face à la crise zaïroise. Or, Paris et Washington ont coopéré étroitement à la fin de la crise zaïroise pour faciliter le départ du maréchal Mobutu.
A plus long terme, les Etats-Unis tentent aussi d’analyser les conséquences du changement de majorité française sur l’avenir de l’intégration européenne. Le conflit en Allemagne entre le gouvernement et la Bundesbank contribue à assombrir leur visibilité.
«Les exigences des électeurs pour conserver leurs généreux acquis sociaux ont sans doute condamné la mise en œuvre en temps voulu du joyau du traité de Maastricht, l’euro», a prédit le «Los Angeles Times».
Et pour le «New York Times», les Français ont exprimé leurs profondes réserves quant aux réformes économiques «inspirées par les Américains et qui bouleversent le monde».


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