«Combien de problèmes nous avons résolus en mai!» se félicite le président Boris Eltsine, énumérant les accords avec la Tchétchénie, le Bélarus, l’Ukraine et l’OTAN.
Le 12 mai, le président a signé un accord de paix historique avec la Tchétchénie, s’engageant à ne plus jamais recourir à la force contre la petite république caucasienne. Le 23 mai, il a conclu un traité d’union avec le Bélarus, qui satisfait symboliquement les nostalgiques de l’ex-URSS, sans engager vraiment la Russie.
Le 27, il a signé à Paris une charte Russie-OTAN, quatre jours avant de parapher à Kiev un traité d’amitié avec l’Ukraine, reconnaissant définitivement la souveraineté de son voisin slave.
S’ajoute à la liste le traité de démilitarisation de la frontière avec la Chine, signé le 24 avril, qui lève une menace vieille de plusieurs décennies sur le flanc oriental du pays.
En concluant ces accords, Boris Eltsine a, d’une part, refermé de vieilles blessures, et d’autre part, prouvé qu’il pouvait passer outre à son opposition nationaliste, estiment les analystes moscovites.
Certes, l’accord avec l’OTAN a suscité l’ire d’un nationaliste patenté comme le général Alexandre Lebed, candidat potentiel à la succession de Boris Eltsine.
Le contenu de l’accord, a fulminé le général, «démontre que notre pays est devenu si faible qu’il n’a aucun argument pour résister aux appétits expansionnistes de l’Occident (...). L’accord sur l’extension de l’OTAN vers l’Est est un second Yalta sans la Russie. Il a déterminé les sphères d’influence des vainqueurs de la guerre froide, l’OTAN et les Etats-Unis. La Russie est un vaincu qui signe sa capitulation».
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Paradoxalement, les analystes impartiaux partagent en partie la vision d’Alexandre Lebed: l’accord est en effet la reconnaissance de nouvelles réalités et rapports de force internationaux. La Russie admet qu’elle n’est plus une puissance expansionniste et qu’elle n’a plus d’ambition hors de ses frontières.
Même débat autour du traité avec Kiev, qui reconnaît la souveraineté ukrainienne sur le port de Sebastopol, où est ancrée l’es-Flotte soviétique de la mer Noire.
Le puissant maire de Moscou Iouri Loujkov, autre favori à la succession de Boris Eltsine, a tempêté que Sébastopol était «une ville russe et serait une ville russe, indépendamment des décisions prises actuellement».
«En fait, explique Dmitri Trenine, de l’antenne moscovite de la fondation Carnegie, l’économie a pris de plus en plus de place dans la politique étrangère, au détriment de la géo-stratégie».
«Il y a par exemple un lien direct évident entre l’accord Russie-OTAN et les prêts accordés à la Russie par le FMI et la Banque mondiale», assure M. Trenine, qui ne va pas jusqu’à dire cependant, comme certains médias, que les Etats-Unis ont «acheté» l’accord à Boris Eltsine.
Selon lui, l’entrée au Conseil de sécurité de l’homme d’affaires Boris Berezovski, puis des deux jeunes premiers vice-premiers ministres Anatoli Tchoubaïs et Boris Nemtsov, économistes libéraux, a directement influé sur l’évolution diplomatique du Kremlin.
«En Tchétchénie, par exemple, la pression économique a définitivement remplacé la menace militaire», note Dmitri Trenine.
Les intérêts du géant gazier Gazprom — très lié au premier ministre Viktor Tchernomyrdine —, ou de pétroliers comme Lukoil, dans plusieurs accords sont également visibles. La Tchétchénie, notamment, est traversée par l’oléoduc Azerbaïjan-Russie.
Gazprom, indique-t-on de bonne source, a poussé à la conclusion des accords avec l’OTAN, pour sécuriser ses débouchés vers les lucratifs marchés d’Europe occidentale. La société gazière avait également plaidé pour l’union avec le Bélarus, passage obligé du gazoduc vers l’ouest de l’Europe.


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