Un mois après la victoire du travailliste Tony Blair en Grande-Bretagne, la France est le quatrième pays de l’UE avec un gouvernement s’affichant de gauche, que le leader socialiste Lionel Jospin devrait former dans les heures à venir.
L’Europe sera l’un des dossiers urgents pour le gouvernement de M. Jospin, qui a cité la «réorientation de la construction européenne» parmi ses priorités dès le soir de l’élection.
A quelques mois d’étapes décisives de la construction européenne, en particulier l’entrée en vigueur de la monnaie unique, l’une de ses premières tâches sera la préparation du sommet d’Amsterdam, dans deux semaines, largement consacré à la réforme des institutions européennes.
«C’est le cours, l’équilibre de l’Europe qui va être modifié si nous l’emportons après la victoire de nos amis travaillistes britanniques», avait prévenu M. Jospin à la veille du scrutin.
Jusqu’ici, trois pays européens étaient gouvernés à gauche: Grèce, Portugal et Grande-Bretagne, trois à droite (Allemagne, France, Espagne). Neuf autres pays sont gouvernés par des coalitions auxquelles participent des sociaux-démocrates.
Les gouvernements de droite sont désormais minoritaires, et inévitablement se pose la question de la confirmation de cette tendance, en particulier en Allemagne où le chancelier Helmut Kohl espère la reconduction de sa majorité de centre-droit aux élections de 1998.
Le recentrage de l’Europe politique au centre-gauche pourrait notamment influencer les modalités de la monnaie unique.
M. Jospin a affirmé qu’il poserait des conditions à l’euro, pour qu’il ne se fasse pas aux dépens de l’emploi en France. Il devrait demander une interprétation souple des critères de convergence du traité de Maastricht, surtout celui sur la limitation des déficits publics.
M. Jospin insiste également pour que l’Italie, l’Espagne et le Portugal soient dans la première vague d’adhésion à l’euro, pour une re-négociation du pacte de stabilité, pour un contre-poids politique à la Banque centrale européenne, et pour un «pacte de solidarité et de croissance».
«Quel que soit le résultat des urnes, la nature de la négociation sur l’Europe sera changée et il faudra renégocier ou adapter le traité» de Maastricht, avait déclaré la semaine dernière un membre du Conseil de politique monétaire (CPM) de la Banque de France, Jean-Pierre Gérard.


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