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Actualités - Chronologie

Jospin confronté à l'épreuve des déficits et de l'Euro

PARIS, 2 Juin (Reuter). —Dès son entrée en fonction en tant que premier ministre, Lionel Jospin sera confronté à la situation préoccupante des finances publiques qui pourrait empêcher la France de respecter strictement les critères du passage à la monnaie unique le 1er janvier 1999. Lors de sa première intervention après la victoire de la gauche au second tour des élections législatives, il s’est appliqué à démontrer que son programme s’inscrivait dans la durée. Lionel Jospin a souligné que le message des Français n’était pas celui du «tout, tout de suite auquel personne ne croit plus».
Ce n’est pas non plus, a-t-il dit, «la croyance naïve à des promesses qui ont été à plusieurs reprises démenties dans le passé».
Evoquant une «exigence raisonnée et pressante de progrès réels dans la durée pour les Françaises et les Français», il a souligné que sa formation politique entendait engager «une réorientation de la construction européenne».
Le leader de la gauche a annoncé à plusieurs reprises ces dernières semaines un audit des finances de l’Etat dès son arrivée à Matignon, se disant tout particulièrement préoccupé par la situation de l’assurance-maladie.
L’ancien premier ministre Laurent Fabius a également tenu à renforcer l’image de gauche bonne gestionnaire en assurant que son objectif n’était pas «de pénaliser les entreprises».
La gauche de retour au pouvoir devra ainsi trouver des solutions pour éviter un glissement des déficits publics.
Le déficit budgétaire prévisionnel est de 284,8 milliards de FF pour 1997 et les comptes de la Sécurité sociale devraient afficher un solde négatif supérieur à 35 milliards.

Un critère difficile
à atteindre

En 1997, le budget a bénéficié de la soulte de 37,5 milliards de FF versée par France Télécom pour compenser la prise en charge de retraites de l’opérateur public par l’Etat. Une opération qui ne se reproduira pas en 1998. En dépit de cet apport, pour tenir le budget 1997, le précédent gouvernement a déjà gelé au début de l’année 10 milliards de FF de crédits.
Malgré une légère reprise de la croissance, estimée officiellement à 2,3%, les recettes fiscales font toujours défaut. Certains économistes estiment ainsi à environ 20 milliards de FF le manque à gagner pour la seule TVA.
S’il veut respecter le critère limitant les déficits publics à 3% du PIB fin 1997, le futur gouvernement devra trouver entre 34 et 40 milliards de FF, selon des experts. Faute de quoi, ces déficits se situeraient entre 3,3% et 3,5%.
Selon Eric Muller, économiste à l’UBS, «il est très probable que l’on assistera à une dramatisation de l’audit des comptes publics et que le critère de 3% sera difficile à atteindre».
Le Parti socialiste ayant exclu toute augmentation des prélèvements obligatoires, en raison de leur niveau record, il aura le choix entre des mesures d’économie et un compromis avec les partenaires de la France permettant une lecture «en tendance» des critères de Maastricht.
Cette dernière hypothèse, défendue dès le début de la campagne par le PS, paraît la plus probable à court terme en raison des dépenses à venir.
D’autant que les difficultés budgétaires actuelles de l’Allemagne devraient permettre à la France de négocier plus facilement une appréciation en souplesse des critères de l’UEM.
Le Parti socialiste a fait notamment de la participation de l’Italie au premier train de l’euro, l’une des conditions du passage à la monnaie unique. Vendredi, le gouvernement de Romano Prodi a décidé d’un plan triennal qui doit permettre à Rome d’atteindre cet objectif.
Selon Thomas Mayer, économiste de Goldman Sachs à Francfort, en Allemagne comme en France, il sera désormais très difficile de mettre en œuvre des politiques restrictives. Il estime quel le chemin de l’euro devient un peu plus tortueux, mais que le processus devrait néanmoins se poursuivre.
Le PS, qui prévoit un collectif budgétaire cet été, estime à «quelques milliards de FF» cette année le lancement du plan de créations de 700.000 emplois, dont le coût global est de 50 milliards de FF (35 milliards de FF pour les emplois de proximité créés dans la sphère publique locale).

Manque à gagner

Son projet de ramener prochainement le taux réduit de la TVA de 5,5% à 5% devrait également priver le budget de l’Etat de quelque 15 milliards de FF en année pleine. Mais, de l’autre côté, le gouvernement de Lionel Jospin n’a pas pris l’engagement de poursuivre le plan de baisse de 75 milliards de FF sur cinq ans de l’impôt sur le revenu, voté par la précédente majorité.
Le Parti socialiste se privera par ailleurs des 50 milliards de FF que le gouvernement actuel attendait de l’ouverture du capital de France Télécom. Cette somme était destinée à financer la recapitalisation de groupes publics en difficulté.
Pour compenser au moins partiellement ce manque à gagner, le PS entend accroître la taxation sur les plus-values, ce qui pourrait rapporter de 10 à 20 milliards de FF selon l’ancien premier ministre Michel Rocard.
L’ancien ministre socialiste Martine Aubry a indiqué pour sa part que la poursuite du transfert des cotisations maladies des salariés sur la CSG, qui est assise sur l’ensemble des revenus, permettra «de prélever 40 milliards sur les revenus du capital».
A plus long terme, selon Michel Rocard, de nouvelles économies pourraient être réalisées sur les dépenses publiques, en particulier sur le budget de l’assurance-maladie, où il évalue les dépenses inutiles entre 80 et 100 milliards de FF.
Les socialistes pourraient également faire preuve de pragmatisme en conjuguant comme par le passé le «ni-nationalisation-ni privatisation» avec les dispositions de la loi de respiration du secteur public qui permettent d’ouvrir au privé jusqu’à 49% du capital des entreprises publiques.
En cas de réelles difficultés budgétaires, le nouveau gouvernement pourrait également être tenté de ponctionner la Caisse des dépôts et consignations, comme l’ont fait les gouvernements précédents. Il pourrait aussi suivre éventuellement l’une des pistes explorées par le gouvernement d’Alain Juppé et puiser dans le tréosr de guerre» des Caisses d’Epargne. Une somme évaluée à 40 milliards de FF qui, juridiquement, n’appartient à personne.
PARIS, 2 Juin (Reuter). —Dès son entrée en fonction en tant que premier ministre, Lionel Jospin sera confronté à la situation préoccupante des finances publiques qui pourrait empêcher la France de respecter strictement les critères du passage à la monnaie unique le 1er janvier 1999. Lors de sa première intervention après la victoire de la gauche au second tour des élections législatives, il s’est appliqué à démontrer que son programme s’inscrivait dans la durée. Lionel Jospin a souligné que le message des Français n’était pas celui du «tout, tout de suite auquel personne ne croit plus».Ce n’est pas non plus, a-t-il dit, «la croyance naïve à des promesses qui ont été à plusieurs reprises démenties dans le passé».Evoquant une «exigence raisonnée et pressante de progrès réels dans la durée pour...