Depuis leur conquête par Israël, lors de la guerre du 5 au 10 juin 1967, l’unité des territoires — une évidence nationale pour les Palestiniens même si certains étaient auparavant administrés par la Jordanie et d’autres par l’Egypte — a volé en éclats. Les accords d’autonomie n’ont fait qu’aggraver la situation.
«Après toutes ces années vécues dans la rêve de la libération, nous sommes désorientés et vivons dans l’illusion», observe Ali Jerbaoui, professeur de sciences politiques à l’université de Bir Zeit en Cisjordanie.
«Avec l’accord d’Oslo — signé en 1993 —, les Palestiniens pensaient avoir obtenu quelque chose. Mais ils se sont bercés d’illusions, puisque cet accord ne satisfait pas leurs aspirations nationales», dit-il.
Entre les promesses de libération à demi-tenues et une occupation qui se poursuit sans dire son nom, «la société palestinienne est schizophrène», indique-t-il.
Lors de l’installation de l’Autorité palestinienne en mai 1994, des milliers de Palestiniens ont accueilli dans la liesse les forces de sécurité palestiniennes qui conféraient à l’entité autonome un signe apparent de souveraineté.
L’accession progressive des villes palestiniennes de Cisjordanie à l’autonomie fin 1995, et les premières élections générales dans les territoires en janvier 1996, sont venues renforcer leur euphorie.
Mais l’élan a été brisé net par le blocage du processus de paix, qui a coïncidé avec l’élection du premier ministre vis-à-vis de l’Autorité autonome.
Vivre dans des cantons
Depuis, les 2,5 millions de Palestiniens des territoires ont réalisé qu’ils vivaient pour la plupart dans des cantons, certes autonomes mais éparpillés. Les habitants de la bande de Gaza ne peuvent aller en Cisjordanie et inversement. La plupart des Palestiniens ne peuvent plus se rendre à Jérusalem.
Alors qu’Oslo offrait aux Palestiniens leurs premiers passeports, leur liberté de mouvement dans les territoires eux-mêmes est toujours étroitement contrôlée, voire prohibée, par Israël.
Les Palestiniens de Cisjordanie ont désormais trois statuts, selon qu’ils vivent dans les «zones A», c’est-à-dire les villes autonomes, les «zones B», sous contrôle mixte israélo-palestinien, et les «zones C», la majeure partie du territoire, toujours sous occupation complète.
Le sort des centaines de milliers de «déplacés», les Palestiniens qui ont dû fuir les territoires lors des combats de 1967 et leurs descendants, n’est toujours pas réglé.

