Les derniers Français à rester dans la capitale sierra-léonaise depuis le coup d’Etat de dimanche ont embarqué à bord de l’aviso Jean Moulin, suivis de titulaires de passeports britanniques.
Des centaines de candidats au départ, essentiellement des Libanais et des Indiens, n’ont pu profiter de l’opération et se trouvaient encore soit sur la plage qui a vu partir les zodiacs et la chaloupe à destination du navire de guerre, soit à l’hôtel Mammie Yoko, où ils avaient convergé ces derniers jours dans l’espoir d’une évacuation.
Selon les responsables de l’évacuation des Européens, le navire français, qui doit mettre le cap sur Conakry, ne devrait pas revenir sur Freetown pour embarquer d’autres expatriés.
Quelque 200 à 300 personnes, en majorité ghanéennes, mais également quelques Nigérians, se pressaient devant la barrière de cet hôtel pour y trouver refuge.
«Nous ne sommes pas en sécurité à Freetown. En cas d’attaque, nous pourrions être victimes de représailles, nous devons absolument être protégés», a déclaré l’un d’entre eux, faisant allusion à une éventuelle offensive des pays ouest-africains, emmenés par le Nigeria, pour détrôner les putschistes et ramener au pouvoir le président élu Ahmad Tejan Kabbah renversé dimanche.
Un avion Alphajet de l’armée de l’air nigériane a survolé Freetown, ont constaté les journalistes.
Des troupes guinéennes ont été acheminées par mer et par voie terrestre à la frontière guinéo-sierra-léonaise et en Sierra Leone, a-t-on appris de source sûre à Conakry.
Aucune précision n’a pu être obtenue, de même source, sur l’importance des forces guinéennes engagées dans cette opération.
Cette source a indiqué que ces troupes ont pour mission d’«assurer l’ordre, la sécurité et la légalité constitutionnelle» en Sierra Leone.
La Guinée maintient déjà un contingent militaire de 500 hommes à Freetown, aux termes des accords de défense passés avec l’Etat sierra-léonais. Ce contingent assurait, au plus fort de la guerre civile sierra-léonaise, la défense de la capitale, Freetown, contre les attaques de la rébellion armée du Front révolutionnaire uni (RUF) du caporal Foday Sankoh.
Le président Kabbah s’est réfugié à Conakry depuis son renversement.
L’ECOMOG, la Force africaine de maintien de la paix au Liberia, à majorité nigériane, a déjà acheminé par mer des contingents militaires qui sont toujours stationnés au port de Freetown.
Selon des rumeurs circulant avec insistance à Freetown, le Nigeria, à la tête de l’ECOMOG, la force ouest-africaine, envisagerait une offensive pour restaurer le président Ahmad Tejan Kabbah.
Autre son de cloche à Accra. La position ghanéenne «consiste à soutenir une approche défendable à long terme, sur le plan politique et militaire. Le Ghana a eu des entretiens avec des chefs d’Etat de la sous-région, mais l’accent est mis sur une solution politique négociée», a ajouté la même source. L’option militaire «est la dernière à envisager en Sierra Leone» face aux soldats qui ont pris le pouvoir à Freetown, a déclaré, à Accra, un responsable gouvernemental qui a requis l’anonymat.
«Il n’y a aucun plan d’envoi de renforts ou de troupes ghanéennes» vers la Sierra Leone pour le moment, a ajouté cette source, ajoutant que «des discussions sont encore en cours».
Le nouveau chef de l’Etat sierra-léonais, le commandant John Koroma, avait appelé le président Rawlings et s’était longuement entretenu au téléphone avec lui, avait annoncé Kwamena Ahwoi, ministre par intérim des Affaires étrangères.
Le président Rawlings lui avait fait part de la «futilité de cette prise du pouvoir» et que la Sierra Leone se trouverait mieux avec «une solution politique négociée», avait indiqué le ministre.
Le Ghana se refuse généralement à désavouer le Nigeria, mais selon une bonne source proche du gouvernement à Accra, le «désaccord du Ghana en ce qui concerne la politique de la canonnière comme première option a été communiqué par les canaux diplomatiques appropriés»…
Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a confirmé que deux ministres sierra-léonais se trouvant au Ghana au moment du coup d’Etat ont reçu «une aide» pour leur permettre de se rendre à Conakry.

