Après la victoire de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, le premier secrétaire du Parti socialiste, Lionel Jospin, a dénoncé le soutien apporté au maréchal Mobutu Sese Seko depuis l’élection de Jacques Chirac à l’Elysée en 1995.
«Ce qui se passe au Zaïre aujourd’hui signe la faillite de la politique africaine française, de la politique africaine de Chirac, qui a remis en selle Mobutu que nous avions commencé, trop tard sans doute, à lâcher», a-t-il déclaré.
Dans un discours, Lionel Jospin a pris l’«engagement solennel», en cas de victoire aux législatives, de «changer profondément la politique africaine de la France», de revoir les accords de défense de Paris avec certains pays d’Afrique francophone et de modifier les relations entre chefs d’Etat français et africains qui ont, selon lui, «un caractère trop personnel».
L’Elysée s’est refusé à tout commentaire sur ces critiques.
Le ministre RPR de la Coopération, Jacques Godfrain, a expliqué que l’aide de la France au Zaïre de Mobutu Sese Seko était technique et très réduite. Il a précisé que le soutien dans le domaine médical, notamment, était destiné à la population.
Tout en disant refuser toute polémique, il a dénoncé l’attitude des gouvernements socialistes avant 1993.
«Je voudrais rappeler que c’est sous le mandat du président François Mitterrand que la politique dans la région des Grands Lacs a été définie et pratiquée. Je n’en dit pas plus», a-t-il tenu à souligner.
Avant le génocide perpétré contre les Tutsis et les Hutus modérés au Rwanda, en 1994, la France soutenait activement le président hutu Juvénal Habyarimana. La mort de ce dernier dans l’explosion de son avion, au-dessus de Kigali, déclencha des massacres organisés par les milices hutues proches du pouvoir.
Certains spécialistes estiment que le conflit rwandais est directement à l’origine de la crise zaïroise, qui a provoqué la chute de Mobutu Sese Seko. Ce dernier est accusé de n’avoir pas voulu ou pu empêcher les miliciens hutus réfugiés dans l’est de son pays de multiplier les infiltrations au Rwanda.
Soldats ougandais et rwandais?
Certaines informations font état de la présence de soldats ougandais et rwandais dans les rangs de l’AFDL. Mais le gouvernement français refuse de prendre position sur ce point.
Paris a reconnu de facto la nouvelle République démocratique du Congo (RDC) proclamée par Laurent-Désiré Kabila en lui demandant d’assurer la sécurité de ses ressortissants après l’assassinat de deux Français la veille à Kinshasa.
Pour Jacques Godfrain, la démocratie et l’intangibilité des frontières sont indispensables pour éviter une répétition de la crise zaïroise dans d’autres pays d’Afrique.
C’est seulement en 1990, lors d’un sommet franco-africain à La Baule, que la France a lié pour la première fois aide et démocratisation. En 1981, au lendemain de la victoire de François Mitterrand, une nouvelle approche fut tentée dans les relations franco-africaines mais fut vite abandonnée.
Selon Paris, tous les dirigeants africains francophones sont aujourd’hui convaincus de la nécessité de la démocratisation mais l’évolution diffère en fonction des pays. Un spécialiste affirme en outre que les chefs d’Etat africains ne peuvent plus utiliser comme bon leur semble l’aide financière.
Des spécialistes s’attendaient à une «dépersonnalisation» plus poussée des rapports entre la France et ses anciennes colonies après la dévaluation de 50% du franc CFA en 1994.
Cette décision, prise par l’ancien premier ministre Edouard Balladur, fut critiquée par une frange du RPR mais tout le monde s’accorde maintenant à dire que cette mesure fut bénéfique pour la plupart des pays concernés, notamment ceux qui exportent.
L’élection de Jacques Chirac à l’Elysée contribua au retour sur l’avant-scène de certains vieux spécialistes de l’Afrique, au premier rang desquels Jacques Foccart, un ancien conseiller du général de Gaulle.
La mort de Jacques Foccart en mars dernier et l’agonie du Zaïre de Mobutu Sese Seko ont pris une valeur de symbole aux yeux de plusieurs habitués du continent africain.


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