Les annonces de projet se sont multipliées depuis l’entrée, le 17 mai, des hommes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dans Kinshasa.
Et les analystes du secteur minier relèvent que l’importance des gisements inexploités devrait rendre très rentables des investissements dans un pays où l’économie est en pièces après 32 ans de règne mobutiste.
«A mesure que les gouvernements internationaux commencent à reconnaître la République démocratique du Congo, les compagnies qui ont noué des premiers contacts avec l’alliance au cours des derniers mois se frottent les mains», souligne Matthew Pearson, analyste de la firme Investec Securities.
Les gisements de cuivre et de cobalt de l’ex-Zaïre sont concentrés dans la province du Shaba – où naquit Kabila. Les diamants de la province du Kasaï faisaient du pays le second producteur mondial en volume derrière l’Australie en 1995. Il est également le quatrième producteur d’or d’A-frique.
Mais les niveaux de production de cuivre et de cobalt se sont effondrés depuis les sommets des années 1980.
Parmi les premières compagnies à avoir senti l’intérêt que pourrait avoir la victoire des rebelles, l’America Mineral Fields (AMF, basée aux Etats-Unis) a très vite approché Kabila.
Dans un communiqué diffusé après l’entrée des forces rebelles dans Kinshasa, l’AMF parlait de «libération triomphale du peuple du Zaïre».
«La République démocratique du Congo est le troisième pays le plus grand d’Afrique et est riche en ressources naturelles. Ces ressources naturelles seront le socle d’un retour à la stabilité économique», notait l’AMF.
En association avec Tenke Mining Corp, l’AMF développe un énorme site d’extraction de cuivre et de cobalt dans la province du Shaba (le projet est évalué à 1,3 milliard de dollars). Elle devrait investir des millions de dollars supplémentaires dans la production de cuivre, de cobalt et de zinc.
En avril, alors que les forces de l’Alliance s’assuraient le contrôle de la riche province du sud de l’ex-Zaïre, la compagnie a remporté une concession de production à Kolwezi et construit une usine de production de zinc d’une capacité annuelle de 200.000 tonnes à Kipushi.
Prévoyant, Jean-Raymond Boulle, principal actionnaire de la compagnie, avait mis un jet à la disposition du chef rebelle. Reconnaissant, Kabila a réservé à l’AMF le premier contrat passé par les rebelles.
De Beers prise
de vitesse
La réponse de la sud-africaine Anglo-American ne s’est pas fait attendre. La compagnie a soumis une offre pour la compagnie minière publique Gécamines et exposé des plans de développement d’un site de cuivre/cobalt à Ruashi-Etoile, à proximité de la seconde ville du pays, Lubumbashi.
D’autres compagnies minières pourraient rendre la compétition très vive en ex-Zaïre. Le géant australien RTZ-CRA ne cache pas voir dans ce pays africain des opportunités d’investissement tandis que la Société générale de Belgique (SGB) se dit prudemment prête à relancer ses activités dans l’ancienne colonie belge.
La SGB détient 51% du capital de l’Union minière qui contrôlait la production de cuivre avant la nationalisation du secteur minier décidée par le maréchal Mobutu Sese Seko. Elle est toujours présente dans la production de diamant.
La compagnie De Beers, maîtresse du marché mondial du diamant, est également de retour en ex-Zaïre où elle a récemment rouvert ses bureaux d’achat à Mbuji-Mayi, la capitale zaïroise du diamant, qu’elle avait fui à l’approche des rebelles.
Pour les analystes, De Beers, toujours absente en revanche de Kisangani, a été prise de vitesse par l’AMF qui contrairement à la compagnie sud-africaine n’a pas rejeté une offre de l’Alliance.
La compagnie de Jean-Raymond Boulle mène aujourd’hui des transactions florissantes dans Kisangani, achetant jusqu’à 100.000 dollars de diamant par jour.

