L’exposition «Goodbye to Berlin?» qui se tient jusqu’au 17 août dans le cadre prestigieux de l’Académie des arts, retrace toutes les étapes du combat homosexuel contre l’exclusion, en Europe puis aux Etats-Unis, depuis un siècle.
Avec plus de 1.300 documents, photos et œuvres d’art, et un budget conséquent de deux millions de marks (1,17 million de dollars), financé par le Lotto allemand, il s’agit de la première exposition au monde de cette envergure sur les «homos». Elle est entourée d’un important programme de manifestations, avec des spectacles et des défilés de mode gays, des conférences et des rétrospectives de films.
«De fait, tout est parti de Berlin, en 1897, qui s’est imposé alors comme la capitale de l’émancipation homosexuelle», explique Albert Eckert, porte-parole du Musée homosexuel (Schwulenmuseum) de Berlin, à l’origine de l’exposition.
Age d’or sous
Weimar
Deux ans après l’emprisonnement de l’écrivain britannique Oscar Wilde pour homosexualité, la création du premier groupe de défense des homosexuels, le 15 mai 1897 à Berlin, par le professeur de sexologie Magnus Hirschfeld, constitua l’acte fondateur du mouvement.
Sous la République de Weimar (1919-1933), l’émancipation homosexuelle connut son âge d’or à Berlin, qui était devenue la capitale de tous les plaisirs. Une véritable culture gay s’intalla, avec une centaine de bars, cabarets de travestis et dancings. Certains établissements, comme «l’Eldorado» (immortalisé par un tableau d’Otto Dix présent dans l’exposition), étaient courus du Tout-Berlin artistique et culturel, où la bisexualité était devenue à la mode.
Les homosexuels s’organisèrent en de multiples associations et groupes politiques, rassemblant jusqu’à 48.000 personnes, un chiffre qui laisse encore rêveuse la communauté aujourd’hui.
L’arrivée des nazis au pouvoir en 1933 et la liquidation du chef des SA, Ernst Roehm, en 1934, dont les penchants homosexuels étaient publics, sonnèrent le glas des «années folles». Des milliers d’homosexuels furent envoyés dans des camps de concentration, d’autres prirent le chemin de l’exil.
Le titre de l’exposition «Goodbye to Berlin?» se réfère à ce tournant. Il est aussi un clin d’œil au roman du Britannique Christopher Isherwoo, qui retrace cette période et a inspiré le célèbre film «Cabaret», avec Liza Minelli.
Après la guerre, le mouvement s’étendit dans les autres pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis. En 1969, une razzia de la police dans un bar homosexuel de la Christopher Street, à New York, suscita une nouvelle prise de conscience dans la communauté.
Les clients du bar se révoltèrent. Pendant plusieurs jours, les homosexuels et travestis du quartier se livrèrent à des batailles de rue avec la police. L’événement reste commémoré chaque année en juin par des défilés gays en Europe et aux Etats-Unis.
«Désormais, l’inspiration vient des Etats-Unis. Berlin est redevenu toutefois la métropole de référence pour les homosexuels en Europe», note «Ovo Maltine», 31 ans, un des organisateurs du programme accompagnant l’exposition. Avec 100.000 homosexuels, la capitale allemande vient juste après San Francisco et New York.
Le combat pour autant n’est pas terminé. Depuis dix ans, la communauté est confontrée au terrible défi du Sida.
«Les préjugés n’ont pas disparu», regrette «Ovo Maltine», qui sait de quoi il parle, avec ses cheveux oranges et sa jupe en cuir. «Les homosexuels ne peuvent toujours pas avoir une vie de couple normale», ajoute-t-il.

