M. Chrétien a devancé l’appel en décidant le 27 avril de lancer son pays dans de nouvelles élections, près d’un an et demi avant la date prévue.
Conformément au système électoral canadien, calqué sur le système britannique, le chef du parti majoritaire à la Chambre des communes sera le nouveau premier ministre. Le système électoral, majoritaire à un tour, favorise les plus gros partis et la bipolarisation.
Bien que sa cote descende au fil d’une campagne médiocre, le parti de M. Chrétien devrait jouir d’une majorité confortable, bénéficiant des faiblesses de ses adversaires, loin derrière lui, et du fait que plusieurs partis ne bénéficient que d’une audience régionale. Le dernier sondage donne 40% au parti au pouvoir, contre 25% à son premier adversaire, le Parti conservateur. Les indécis sont encore quelque 30%.
La campagne
la plus courte
La campagne, la plus courte de l’histoire du Canada, est apparue sans relief, émaillée seulement de brèves envolées passionnelles sur le problème de l’unité du pays. Les débats télévisés, les 12 et 13 mai, ont obtenu des taux d’écoute moindres que prévu et n’ont suscité qu’un intérêt fugace pour les élections. Ils ont permis, seul fait vraiment marquant de la campagne, de voir émerger le médiatique leader conservateur Jean Charest, 38 ans.
Ce dernier, jouant volontiers les sauveurs, est apparu à l’aise, aussi bien devant les caméras de télévision que dans la rue. Après avoir perdu 152 sièges sur 154 en 1993, son parti devrait pouvoir remonter doucement la pente, même si ses opposants ont eu beau jeu de souligner le flou de son programme politique et la faiblesse de son équipe.
Une des seules inconnues que réserve cette élection reste le parti qui arrivera en deuxième position et donc s’arrogera le titre et les fonctions de l’«opposition officielle». Dans la Chambre sortante, c’était le Bloc québécois, mais la médiocre campagne qu’il a menée risque de lui coûter cet honneur, au profit du Parti réformiste de Preston Manning ou du Parti conservateur. Le cinquième grand parti, le Nouveau parti démocratique, n’a aucune chance dans cette compétition.
Une autre incertitude, à valeur symbolique, est la réélection de M. Chrétien dans son comté de Shawinigan (Québec). La place lui est sérieusement contestée par un cacique du Bloc québécois, Yves Duhaime, candidat malheureux à la présidence du Bloc au début de l’année.
Contradictions
et bévues
Les commentateurs ont animé cette campagne en soulignant les contradictions ou les bévues des principaux candidats. M. Chrétien s’est taillé un franc succès la semaine dernière en demandant aux gens de ne pas acheter «des armes nucléaires», parce que «quand c’est dans la maison, il peut y avoir un enfant qui s’en sert». Quant à la photo de M. Duceppe, visitant une fromagerie au début de la campagne avec une charlotte en tulle sur la tête, elle a fait le tour du Canada.
La Chambre des communes comprendra 301 sièges, soit six de plus que l’ancienne, suite à un redécoupage électoral. Les 295 sièges de la Chambre dissoute se répartissaient ainsi: 174 sièges pour les libéraux, 50 pour les réformistes, 50 pour le Bloc québécois, 9 pour les néodémocrates, 6 pour les indépendants, 2 pour les progressistes conservateurs, 4 sièges restant vacants.
Au total, 1.672 candidats se présentent à ces élections, quelque 500 de moins qu’en 1993. Trois partis seulement (Parti libéral, Parti conservateur et Nouveau parti démocratique) présentent des candidats dans chacune des 301 circonscriptions.

