Depuis 1971, le problème ne se posait plus: devenu Zaïre, l’ex-Congo belge ne pouvait être confondu avec son voisin, au demeurant beaucoup plus petit que lui.
Mais la victoire de Laurent Kabila et l’entrée de ses hommes à Kinshasa ont bouleversé la donne.
Kabila, abolissant ainsi le nom choisi par le président destitué Mobutu Sese Seko, a rendu au pays le nom de République démocratique du Congo, qu’il avait déjà porté de 1964 à 1971. A un adjectif près, l’ex-Zaïre porte donc presque le même nom que son voisin la République du Congo.
Pour ne rien arranger, la radio de Kinshasa porte désormais le nom de «Voix du Congo». Certes destinées avant tout aux habitants du «nouveau» Congo, ses émissions sont également captées... au Congo tout court. Où Radio-Congo émet aussi vers l’ex-Zaïre. L’auditeur non averti a forcément un peu de mal à s’y retrouver.
«Il va falloir nous y habituer et trouver des moyens de nous distinguer l’un de l’autre», commente d’un ton fataliste Grégoire Bassafoula, technicien à la radio de Brazzaville.
Les hasards de
l’histoire
Tout comme Kinshasa, dont elle n’est distante que de trois kilomètres, celle-ci a été fondée pendant les années 1880. Car les colonialistes français et belges voulaient alors installer des ports fluviaux sur le cours inférieur du Congo, principale voie d’accès aux richesses de l’intérieur des terres.
A l’époque, les deux métropoles se contentaient de distinguer le «Congo français» du «Congo belge». Et lorsque leurs colonies ont accédé à l’indépendance en 1960, elles se sont efforcées d’éviter la confusion en ajoutant au nom de chaque pays celui de sa capitale: le Congo français est ainsi devenu Congo-Brazzaville et le Congo belge Congo-Léopoldville (devenue par la suite Kinshasa), puis la République démocratique du Congo.
Le nom de Congo provient du royaume du Kongo, établi aux XIVe et XVe siècles, près de la côte atlantique. Lors de leur arrivée, à la fin du XVe siècle, les explorateurs portugais donnèrent ce nom au fleuve et à son immense bassin.
En 1971, Mobutu a donné à son pays le nom de Zaïre (corruption portugaise d’une autre dénomination locale), en témoignage de sa propre autorité sur ce gigantesque Etat. Il n’y a aucune commune mesure entre les deux pays: à elle seule, Kinshasa compte plus de six millions d’habitants, soit le double de la population entière du Congo-Brazzaville. Et la population totale du Congo-ex-Zaïre s’élève à 40 millions de personnes.
Dans ces conditions, on ne se fait guère d’illusions à Brazzaville sur le pays qui devra changer de nom pour clarifier les choses.
«Là-bas, ce sont des Congolais démocratiques; cela fait peut-être de nous des Congolais non-démocratiques», commente sur un ton goguenard un étudiant de Brazzaville habitant le quartier de Bakongo, depuis longtemps fief de l’opposition.

