La population de la ville est passée de 380.000 à 1,5 million habitants en sept ans, de 1990 à 1997, conséquence des évacuations de villages et de l’insécurité créée par les combats entre l’armée et le rebelles séparatistes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).
L’infrastructure déjà faible de Diyarbakir s’est révélée totalement insuffisante pour supporter cet afflux.
Les villageois, abandonnant bétail, champs et maison, vivent dans des bidonvilles déplorables, privés de toute infrastructure, ou entassés dans des appartements des quartiers pauvres. Ils souffrent du chômage, d’épidémies, de malnutrition.
En février, la Turquie a été choquée par la scène, retransmise à la télévision, d’une distribution de vivres par un homme d’affaires local à Diyarbakir. Roulant dans la boue, des dizaines de femmes et d’enfants se disputaient des sacs de quelques kilos de farine et de riz, jetés d’un camion.
«Cette douleur a atteint un niveau qui menace l’ordre social», a affirmé à quelques journalistes le maire de Diyarbakir, Ahmet Bilgin, du parti islamiste de la Prospérité (Refah). «La moitié de la population de Diyarbakir vit au-dessous du seuil de pauvreté».
Environ 3.000 villages et hameaux sur les 9.000 de la région ont été évacués ou détruits par les forces de l’ordre dans le cadre d’une stratégie adoptée au début des années 90 pour combattre le PKK.
Le but de ses évacuations très critiquées par les défenseurs des droits de l’homme était d’isoler le PKK de la population, en le privant de soutien logistique. Les villages restés intacts étaient généralement ceux dont les habitants acceptaient d’être gardiens de village (miliciens pro-gouvernementaux) pour combattre le PKK.
La rébellion du PKK et les représailles de l’armée ont fait plus de 23.000 morts, rebelles, militaires et civils, en 13 ans.
Felemez, un paysan kurde père de huit enfants de la région de Lice (province de Diyarbakir), a reçu l’ordre de quitter son village en 1995. Depuis, au chômage, il tente de survivre dans un bidonville de Diyarbakir avec sa famille.
«Je ne sais pas quoi faire, je ne veux plus vivre, nous avons survécu jusqu’à ce jour avec l’argent de mon bétail que j’avais vendu en quittant le village, mais maintenant nous sommes tombés dans la gêne», dit-il. Rien ne reste de son village, raconte-t-il. Les maisons ont été détruites par l’armée après l’évacuation.
Dans ce nouveau quartier créé par des villageois expulsés, une canalisation ouverte forme des ruisseaux et coule à travers les ruelles boueuses où des enfants jouent, avant d’aboutir dans le Tigre qui contourne Diyarbakir à l’est.
Les maladies liées à la pauvreté sont très étendues parmi les déplacés, a indiqué le président des chambres de médecins de Diyarbakir, Seyfettin Kizilkan. Dans plus de 45% des familles la typhoïde a été observée, tandis que les taux de dysenterie et de choléra sont aux environs de 30%.


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