Destiné à transmettre aux «nouvelles générations européennes» la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, notamment des armes secrètes allemandes et de l’Occupation dans le Nord, le musée a été inauguré ce mois-ci.
Chiffré à 79 millions de francs, son aménagement a été financé par la Communauté européenne, l’Etat et les collectivités régionales et départementales. Environ 250.000 visiteurs sont attendus chaque année.
Au printemps 1943, après l’échec de sa campagne en Russie, et la menace d’un débarquement en France, Hitler décidait d’accélérer la construction des armes secrètes V1 et V2.
Plusieurs bases de lancement de fusées seront édifiées le long des côtes de la Manche et de la mer du Nord avec, pour objectif, la destruction de Londres.
Wizernes accueille l’un des plus imposants bunkers liés au programme V2. Des centaines de prisonniers russes et polonais ont participé à sa construction dans des conditions éprouvantes.
La Coupole est un véritable camp retranché. L’ouvrage est surmonté d’un vaste dôme de protection de 71 mètres de diamètre et l’épaisseur du béton — cinq mètres — représente deux étages d’un immeuble. Le dôme abrite, sous 42 mètres de dénivelé, un dédale de sept kilomètres de galeries souterraines.
Conquête
de l’espace
La fabrication des V2, hauts de 14 mètres pour 1,60 mètre de diamètre et un poids de douze tonnes au décollage, dont une d’explosif, était effectuée par des déportés du camp de concentration de Dora (Allemagne).
Le premier tir d’essai concluant avait eu lieu le 3 octobre 1942 à Peenemünde et la fabrication en série avait débuté au cours de l’année 1943.
Deux bases de lancement avaient été installées dans le Pas-de-Calais — à Eperlecques et Wizernes — parce qu’elles se trouvaient à moins de 300 kilomètres des cibles choisies, portée maximale de la fusée.
Le 4 novembre 1943, lors d’un vol de reconnaissance, un avion britannique avait photographié l’immense chantier.
Constatant sur les clichés que des milliers de personnes travaillaient sur le chantier, les Alliés avaient décidé d’intervenir en masse et rapidement.
De janvier à juin 1944, la Coupole de Wizernes fut la cible de huit bombardements.
Cependant, en dépit du lâcher de plus d’un millier de tonnes d’explosifs, dont les «Tallboys» de plus de cinq tonnes, seule la visière de protection de la Coupole fut détruite.
L’arrêt de la construction des V2 a été ordonnée par Hitler, en juillet 1944 car la destruction des voies ferrées par les Alliés ne permettait plus d’acheminer les matériaux vers le camp de Dora.
Dans le prolongement du thème des armes secrètes, le musée propose une rétrospective de la conquête de l’Espace de 1945 à 1969, qui a été fondée sur les bases de programme allemand de fusées stratégiques et donc sur la technologie du V2.
Ainsi sont exposées des maquettes au 1/20e d’engins spéciaux tels que les Redstone, Spoutnik, Titan II, Soyouz, Saturne 5 et Ariane 4.
Autre thème traité par le Centre d’histoire, l’occuptaion du Nord de la France. Cette région a vécu de 1940 à 1944 une période particulièrement dure du fait de sa situation, face à la Grande-Bretagne.
A l’aide d’un casque d’audioguidage stéréo à infrarouges, la visite débute par une galerie faiblement éclairée, lieu symbolique du sombre passé de l’Europe.
Ensuite, il suffit de se laisser guider au gré des photos, expositions et maquettes. Le musée comporte deux cinémas dont les noms n’ont pas été choisis au hasard. «Le Rex» est un cinéma d’Anvers (Belgique) sur lequel s’écrase un V2, tuant 400 personnes. L’autre, le «Cinéac», était à Lille réservé aux soldats allemands.

