Les fondamentalistes iraniens ont d’ores et déjà mis en demeure les deux principaux candidats — le président du Parlement Ali Akbar Nategh-Nouri et l’ancien ministre de la Culture Mohammad Khatami — de dire si oui ou non ils entendaient mettre cette menace à exécution.
La «fatwa» (décret religieux) de mort avait été lancée en 1989 par l’ayatollah Rouhallah Khomeiny contre l’auteur des «Versets sataniques», un ouvrage jugé blasphématoire par le fondateur de la République islamique.
Le quotidien «Jomhouri Islami», proche des intégristes, a demandé aux candidats de «dire clairement s’ils ont l’intention d’être fidèles à la «fatwa» historique de l’imam Khomeiny».
Ce journal, à l’instar d’autres cercles fondamentalistes, s’est toujours opposé à tout compromis sur ce sujet, et a, à plusieurs reprises, sabordé toute amorce de rapprochement avec les Européens.
Au début de l’année, «Jomhouri Islami» avait publié les déclarations du responsable de la fondation religieuse du 15-Khordad, annonçant l’augmentation de la prime pour tuer Salman Rushdie, portée de 2 à 2,5 millions de dollars.
A la fin de l’année dernière, l’Iran avait laissé entendre qu’un accord était proche sur l’affaire Rushdie et accusé la Grande-Bretagne de bloquer toute avancée sur ce dossier, tandis qu’à Bruxelles certaines sources européennes faisaient état d’un rapprochement important.
«Allez-y, les gars!»
Le gouvernement iranien avait notamment affirmé que l’Iran ne pouvait pas lever la «fatwa», mais qu’il n’enverrait jamais de commando l’exécuter à l’étranger.
M. Nategh-Nouri, partisan de cette position, a toutefois déclaré au début du mois que la «fatwa» devait être appliquée.
Un de ses plus proches lieutenants, Ali Laridjani, s’est néanmoins rendu récemment à Londres pour exprimer un point de vue conciliant sur cette affaire et presser les Britanniques de conclure un accord.
Cette initiative, révélée par la presse iranienne, a provoqué une véritable levée de boucliers dans les milieux de la gauche radicale, qui soutiennent M. Khatami, et qui défendent la «fatwa» de Khomeiny.
Le ministère des Affaires étrangères est resté ces derniers temps discret sur cette question, alors que l’Iran et l’UE sont depuis un mois dans une phase de crise, à la suite du jugement de Berlin accusant le sommet de l’Etat iranien d’avoir commandité des assassinats politiques sur le sol allemand.
Salman Rushdie, qui vit dans la clandestinité depuis maintenant huit ans, a une nouvelle fois fustigé depuis Londres la faiblesse des gouvernements européens, qui se sont contentés de prendre, dans son cas comme dans celui du jugement de Berlin, des mesures diplomatiques limitées face à l’Iran.
«Si jamais l’Iran envisageait de préparer d’autres assassinats d’opposants en Europe, le seul message à déduire de la faiblesse de la réponse européenne est: Allez-y les gars, vous pouvez recommencer, cela ne nous gêne pas», a déclaré M. Rushdie à la BBC.

