Les ambitions de libéralisation du président sortant Ali-Akbar Hachémi-Rafsandjani, après des années de gabegie post-révolutionnaire et d’économie de guerre, ont été largement contrariées par le surendettement et par l’opposition successive de la gauche radicale et des milieux conservateurs.
Les entreprises privatisées sont de fait restées dans le giron para-étatique, tandis que les investissements étrangers sont pénalisés par des dispositions constitutionnelles restrictives, héritées de la période révolutionnaire.
Avec son commerce extérieur contrôlé par l’Etat, son système bancaire entièrement nationalisé et sa monnaie artificiellement surévaluée, «l’économie iranienne présente de nombreuses similitudes avec les pays de type soviétique», relève un conseiller commercial occidental.
L’endettement massif contracté au début des années quatre-vingt-dix — une trentaine de milliards de dettes, dont 90% à court terme, selon des estimations occidentales — ont contraint le pays à une cure draconienne d’austérité.
Nombre d’entreprises étrangères, alléchées par ce marché de 65 millions d’habitants, ont été découragées par la réduction de moitié des importations et la grave crise des paiements qui ont marqué ces dernières années.
L’Iran entrevoit aujourd’hui à peine le bout du tunnel, avec un endettement réduit à une vingtaine de milliards de dollars, et dont le fardeau est devenu moins lourd grâce à un rééchelonnement sur le moyen et long terme.
L’Iran semble également commencer à maîtriser l’inflation, qui serait actuellement contenue aux alentours de 30%, contre deux à trois fois plus, un an auparavant.
«Le tout-pétrole»
Le pays, deuxième producteur de l’OPEP, reste toutefois prisonnier du «tout-pétrole» hérité du Chah. L’«or noir» représente 80% de ses ressources en devises du pays, qui vit de fait au gré des fluctuations du baril.
Mais cette rente sur laquelle la révolution islamique vit depuis dix-huit ans masque de moins en moins le sous-développement du secteur industriel, largement coupé des investissements et des innovations technologiques de l’étranger.
L’Iran compte les Japonais et les grands pays de l’Union européenne (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, France) parmi ses premiers partenaires commerciaux. Mais la République islamique ne représente en retour qu’une très faible part du commerce extérieur de ces pays (autour de la cinquantième place des partenaires de la France et l’Allemagne).
L’embargo américain décrété en 1995, de même que les menaces de sanctions de Washington contre toute entreprise étrangère investissant dans le secteur des hydrocarbures iranien, pénalisent le décollage économique.
«Les effets directs sont difficilement mesurables, mais il est certain que les mesures américaines créent un mauvais climat autour de l’Iran pour les hommes d’affaires», estime un industriel européen présent dans le pays.
Les premières semaines du prochain président seront suivies à la loupe par les observateurs économiques.
Le conservateur Ali-Akbar Nategh-Nouri a promis de suivre scrupuleusement les grandes orientations du président Rafsandjani.
Mais M. Nategh-Nouri est aussi le chef d’une majorité parlementaire proche du Bazar, le commerce traditionnel iranien plus soucieux de négoce que d’investissement productif, et qui n’a pas ménagé son opposition à M. Rafsandjani ces dernières années.
Son rival Mohammad Khatami, ancien ministre de la Culture, est soutenu par une alliance hétéroclite de la gauche radicale et des modérés. Son entourage laisse perplexe: on y trouve aussi bien le très moderniste gouverneur de la banque centrale Mohsen Nourbakch, que l’ancien premier ministre Mir-Hossein Moussavi, apôtre d’une économie dirigiste et autarcique.

