«C’est ce genre de collaboration qui permet de combattre la production de drogues synthétiques», souligne Michael Niemaier, un des responsables du ministère allemand de l’Intérieur, à Tromsoe (Norvège), où s’est tenue la conférence ministérielle paneuropéenne du Groupe Pompidou.
Contrairement aux drogues dures, la cocaïne ou l’héroïne, la production d’ecstasy et d’hallucinogènes à la base de matières synthétiques est d’une grande simplicité. «Il suffit d’un petit laboratoire transportable», explique le procureur néerlandais Peter Korstenhorst. Et les marges de bénéfice sont énormes.
La confection d’une pilule d’ecstasy ne coûte que quelques cents, selon les experts, pour un prix de vente de 8 à 15 dollars. «Une telle marge est impensable dans la vente des drogues dures», souligne Chris Luckett, directeur du groupe Pompidou du Conseil de l’Europe, chargé depuis 1971 de lutter contre le trafic de drogue.
Ces facteurs expliquent la production croissante de drogues synthétiques en Europe centrale et orientale où de nombreux chimistes sont sans travail et où le crime organisé fleurit.
La Pologne est devenue aujourd’hui un des principaux pays producteurs de drogues illicites, en particulier d’amphétamines, a confirmé à Tromsoe le vice-ministre polonais de la Santé Woyciech Kuzmierkiewicz. Ces drogues synthétiques sont surtout destinées au marché allemand et d’Europe du Nord, mais les jeunes Polonais en font un usage de plus en plus grand.
Il en va de même dans les autres pays est-européens, selon leurs représentants. Trois adolescents sont morts en Hongrie après la consommation d’amphétamines. En République tchèque, 20 laboratoires clandestins sont découverts chaque année, et, depuis le début de 1997, la police russe a saisi des milliers d’hallucinogènes. Ces drogues sont maintenant produites en Russie, où l’on a découvert 30 laboratoires clandestins dans dix villes différentes, selon Alexander Serguiev, le Monsieur antidrogue russe.
La progression considérable de la consommation d’ecstasy et d’hallucinogènes, dans les discothèques ou les fêtes rassemblant des jeunes, au-delà du simple cadre des «raves» est le phénomène récent le plus marquant de l’abus de drogues.
Aux Pays-Bas, principal producteur de drogues synthétiques avec les pays est-européens, des jeunes de 12 ans ont déjà recours à ces stupéfiants qui répondent aux noms charmeurs de Sunshine, Moon ou Playboy. Le secrétaire d’Etat néerlandais à l’Intérieur a rejeté les accusations de «permissivité» lancées contre les autorités de La Haye. «C’est complètement faux», a dit Jacob Kohnstamm. Les Pays-Bas ont créé une unité de police spéciale chargée de lutter contre les «raves» et les «parties de drogue» et fermé l’an dernier 70 laboratoires clandestins, a-t-il dit. «C’est en Europe de l’Est où les contrôles font défaut».
Face à ce phénomène, les ministres réunis en Norvège ont réaffirmé la nécessité d’intensifier la coopération et les échanges à travers toute l’Europe pour lutter contre tous les aspects du problème des drogues illicites.

