Jusqu’au 28 juin, statues, masques et objets provenant de ce chapelet d’îles de Papouasie, Nouvelle-Guinée, dans l’archipel Bismarck, au nord-est de l’Australie, plongent les visiteurs dans un monde fascinant, souligné par une muséographie impeccable.
De la pénombre émergent, ici, les masques de danse et de chant «tatuana», dont la chevelure en crête et les mâchoires agressives, attributs de la beauté virile, ont l’allure guerrière, là, des effigies ancestrales en craie, dressées comme des totems.
Sur les murs se déploient les ailes du milan sacré tenant un serpent dans son bec et ses serres, sorte de grande frise horizontale symétrique, en bois ajouré surmonté d’oiseaux noirs à longues queues.
Là encore, des bâtons en forme de pagaie, un panneau architectural provenant d’une maison où une jeune fille était séquestrée à la puberté, ou le «livika», un instrument de musique unique au monde, joué par des musiciens aux paumes enduites de sève de croton, et qui émet des notes comparables à des cris d’oiseau.
On retrouve trois tendances dans les œuvres. Les sculptures «Malagan», évocations d’esprit ancestraux, sont caractérisées par un jeu complexe de bois ajourés, de sorte que le personnage central est emprisonné dans une cage faite de lignes entrelacées représentant souvent des animaux. L’ensemble est rehaussé d’une flamboyance de couleurs rougeoyantes.
Les statues «Uli», au contraire, campent de solides effigies de chefs au regard perçant, d’aspect trapu, dans des tons plus sobres. les figurines «Kulap», enfin, d’un dessin plus simple, car taillées dans une pierre blanche, étaient destinées à servir de reposoir aux âmes des défunts.
Outre sa dimension esthétique, cet ensemble unique des collections suisses Barbier-Mueller (fortes de 6.000 pièces) qu’est venu présenter à Paris Jean-Paul Barbier, 67 ans, avocat, historien, collectionneur et passionné de poésie du XVIe siècle, se dégage une dimension spirituelle d’une rare intensité.
Car, selon les ethnologues du début du siècle, le mélanésien n’établissait pas de frontière nette entre son corps et le monde environnant. l’homme vivait dans l’enveloppement de la nature et ne s’était pas dégagé d’elle. De ce fait, l’univers d’un habitant de la Nouvelle Irlande semble receler un foisonnement d’esprits d’ancêtres.
De cette Nouvelle Irlande, on sait peu de choses, si ce n’est qu’elle était habitée depuis environ 30.000 avant J.C. par des populations nomades et que les Occidentaux la découvrirent au 19e siècle dans un état de guerre endémique, où les raids de village à village et le cannibalisme étaient fréquents.
Pour leur vie quotidienne, ces agriculteurs du milieu du XIXe siècle pratiquaient la pêche, l’élevage de porc, le travail des métaux, bronze comme fer, leur étant inconnu. L’art, d’une manière générale, s’est surtout développé dans le courant du XIX siècle.

