Créateur du «Parti des musulmans», Mohammed Latreche sait cependant n’avoir aucune chance de devenir le premier député musulman à siéger à l’Assemblée nationale, même si l’islam est maintenant la seconde religion de France, très loin derrière le catholicisme.
«Ce qui est possible en Grande-Bretagne, reste impensable en France», constate ce Tunisien d’origine, de 41 ans, installé près de Strasbourg, dans l’Est, où il dirige une petite entreprise, après avoir fait des études théologiques.
Ouvertement laïc, Malek Amari, 26 ans, est aussi entré en campagne pour prôner aux jeunes des banlieues, issus, comme lui-même, de l’immigration de voter aux élections législatives des 25 mai et 1er juin.
«Député? On ne rêve pas. Un jour, cela sera comme là-bas, on y arrivera, comme citoyens, égaux en droits et devoirs», dit l’animateur de «génération banlieue» qui s’inquiète de la montée du racisme en France.
En Grande-Bretagne, où la communauté musulmane est aussi importante qu’en France, un homme d’affaires d’origine pakistanaise, Mohammed Sarwar, a été le premier musulman à faire son entrée début mai aux Communes, sous les couleurs travaillistes.
Mais en France, aucun des grands partis, de droite ou de gauche, n’a présenté un candidat issu de l’immigration du Maghreb ou d’Afrique noire, surtout des musulmans, dont 2 sur 4 millions sont citoyens français.
«C’est râpé pour ces élections, elles sont venues trop vite», note Ahmed Ghayet, conseiller pour l’intégration au Parti socialiste auquel fait écho Nouredine Cherkaoui, secrétaire général aux jeunes du parti gaulliste RPR.
«Le discours sur l’intégration peine à se traduire en actes: il y a de l’hypocrisie et de l’injustice» convient M. Ghayet, pour qui la gauche et la droite «n’ont pas vraiment fait assez d’efforts».
Pour M. Cherkaoui, hostile à des «quotas» communautaires ethniques ou religieux, les états-majors politiques n’ont pas fait de ce problème une priorité. «Mais cela viendra, d’en haut et d’en bas, naturellement».
«Il n’y a pas, il ne saurait y avoir de vote musulman différent du vote de la nation», affirme le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. «Mais quel dommage que la classe politique et l’opinion soient mal informées de la valeur des élites musulmanes françaises».
Dans une France en crise, en proie à un taux de chômage record de 12,8%, les membres de cette communauté rencontrent des obstacles pour s’intégrer, où restent eux-mêmes en marge, en particulier les jeunes.
Ils se sentent aussi victimes des amalgames islam-terrorisme et islam-immigration-criminalité entretenus par le parti d’extrême-droite Front national, et plus insidieusement par d’autres partis parlementaires.

